Klaus Schwab, - à gauche - fondateur du World Economic Forum et Narendra Modi, premier ministre de l'Inde.International

Ouvrant solennellement ce mardi le 48ème Forum économique mondial, le chef de la plus grande démocratie du monde, défend l'ouverture des frontières commerciales et financières.

 

Le Figaro.fr - 23 janvier 2018 - Par jean Pierre Robin (Photo Markus Schreiber AP)

C'est une recette éprouvée pour Klaus Schwab, le grand organisateur du symposium de Davos, temple quasi officiel de la mondialisation: il n'y a rien de mieux pour défendre les valeurs d'ouverture que d'inviter les dirigeants des grandes économies émergentes à inaugurer la manifestation.

Narendra Modi, à qui revenait l'honneur d'ouvrir le Forum 2018, a fait l'éloge du libre-échange commercial et des règles de droit internationales , pourfendant «les forces du protectionnisme qui relèvent la tête», selon ses propres termes.

Le premier ministre indien, s'exprimait dans sa langue nationale, ce qui semble le critère appliqué de facto par tous les dirigeants des «grands pays» à Davos (les autres ont moins de scrupule à passer à l'anglais).

Modi a ainsi peu ou prou repris la ligne défendue en janvier Xi Jinping en inaugurant le Forum 2017. Le président chinois avait alors impressionné l'auditoire, acquis par avance à un tel discours, quand il s'était fait le défenseur du libéralisme économique et des échanges internationaux. Ses propos avaient d'autant plus impressionné qu'ils contrastaient avec le programme protectionniste sur lequel Donald Trump s'était fait élire. Notons que le président américain a confirmé son déplacement à Davos, vendredi prochain, maintenant que ses démêlés budgétaires avec le Congrès (le shutdown) sont surmontés.

Alors qu'aucun premier ministre indien n'était venu à Davos depuis 1997, Narendra Modi a rappelé qu'à l'époque le PIB de l'Inde ne dépassait guère 400 milliards de dollars, et qu'il en représente aujourd'hui six fois plus. Entre parenthèses, en dépassant désormais la barre des 2400 milliards de dollars, et compte tenu de sa croissance annuelle de l'ordre de 7%, l'Inde devrait déloger la France de son rang de cinquième puissance économique mondiale dès 2018.

Ces deux dernières décennies constituent un bond considérable en effet, et ce dynamisme doit beaucoup à l'ouverture internationale. En termes de modernisation les progrès sont tout aussi impressionnants. «L'Inde est le deuxième marché mondial pour les smartphones», lit-on dans les couloirs du Palais des Congrès, où en tant que «pays invité d'honneur 2018», elle a droit de faire une publicité particulière.

Si Modi n'a pas repris ce chiffre dans son discours, il n'en a pas moins insisté sur «le dynamisme démocratique et démographique de son pays», notant qu'il avait été élu en 2014 par 600 millions d'Indiens, et en obtenant pour la première fois depuis des décennies une majorité absolue. Quant à la démographie, le professeur Schwab avait rappelé en introduction que le subcontinent indien compte aujourd'hui 1,300 milliards d'habitants et qu'à à l'orée de la prochaine décennie il aura la population la plus importante de la planète (devant la Chine).

Voilà un pays de poids et un marché prometteur, de quoi donner des arguments à son chef pour se faire écouter. Modi a pu ainsi décliner les trois «menaces» qui pèsent sur la planète et ce faisant il a totalement développé le thème directeur du Forum 2018, «créer un avenir commun dans un monde fracturé».

Le premier défi est le changement climatique. Après avoir rappelé les faits connus de tous, Modi a souligné les efforts de son pays, notant son plan à l'horizon 2022 de créer une production d'énergie renouvelable de 170 gigawatts (un Français notera que c'est l'équivalent de cent centrales nucléaires de la puissance de Fessenheim). «Et d'ores et déjà nous avons réalisé 60 gigawatts , plus du tiers de notre objectif» a-t-il insisté.

Le deuxième défi est celui du terrorisme, et devant une assemblée «d'élites mondialisées» comme on dit, il a rappelé cette réalité connue mais pas toujours rappelée: «il y a des jeunes aisés et bien éduqués qui se radicalisent et s'engagent dans le terrorisme».

Mais c'est sur le troisième défi que Narendra Modi s'est montré le plus incisif, dénonçant «le protectionnisme et le repli sur soi, comme si l'opposé de la mondialisation était en train de se réaliser». Il n'a évidemment nommé aucun pays ni aucun dirigeant. En même temps , et tout en défendant l'acquis des organisations multilatérales (ONU, OMC), Il a regretté qu'elles ne fassent une place suffisante aux nouvelles puissances émergentes.

Curieusement le seul homme politique étranger qu'il ait nommé se trouve être Emmanuel Macron, qu'il a rencontré en juin dernier. Les deux pays, a-t-il dit, doivent célébrer prochainement (avec retard) le deuxième anniversaire de l'accord sur l'énergie solaire signé à Paris en 2015 et dont ils sont à l'origine. Notre président de la République doit d'ailleurs se rendre en voyage officiel à Delhi en février et l'énergie solaire sera l'un des thèmes de son voyage.

Assiste-t-on à une «Macromania» à Davos? Son nom est fréquemment évoqué dans les panels et dans les couloirs. Il semblerait être devenu le paradigme de la réforme en Europe, d'autant qu'il est Français et que l'immobilisme tricolore était devenu proverbial dans ce haut lieu du libéralisme et du changement. Par ailleurs il bénéficie de l'effet de nouveauté dans le paysage et il fait manifestement partie des gens fréquentables. A l'inverse, le nom de Donald Trump est rarement prononcé, les Américains préfèrent même parler «du nom en R», selon l'habitude yankee de désigner de cette façon ce qui est désagréable (les économistes diront par exemple, «le mot en R» pour éviter de prononcer le mot de «récession»).

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