Réformes

Baccalauréat, enseignement supérieur, apprentissage, fonction publique… En multipliant les projets de réformes, l'exécutif risque de se heurter à une opposition de plus en plus forte.

 

Le Figaro Premium - 11 février 2018 - Par François-Xavier Bourmaud

Emmanuel Macron a trouvé son rythme de croisière: le pas de charge. Une foulée qui lui a permis jusqu'à présent de laisser sur le bas-côté les diverses oppositions à ses délicats projets de réformes, qu'il s'agisse de celle du Code du travail ou de la suppression de l'ISF. Depuis la rentrée, les embûches se sont également multipliées sur son passage, une fois encore sans suite. Des gardiens de prison en grève aux personnels des maisons de retraite et des hôpitaux publics en passant par les lycéens, les colères françaises n'ont pas réussi à s'agglomérer pour former un front uni de la contestation. Lancé à pleine vitesse, le train de la réforme macroniste voit désormais se dresser devant lui un mur autrement plus résistant, celui de la fonction publique.

Après l'annonce des projets du gouvernement, qui envisage un plan de départs volontaires pour obtenir 120.000 fonctionnaires de moins en 2022, l'ensemble des syndicats du secteur, à l'exception de la CFDT et de l'Unsa, ont appelé à une «journée d'action» pour le 22 mars prochain. Dans le même temps, les projets de l'exécutif pour la SNCF menacent de jeter les cheminots dans la rue. «Sur la réforme de leur statut, nous n'avons aucun tabou», assure un proche d'Emmanuel Macron dont les propos font écho à la détermination de l'exécutif sur l'audiovisuel public.

«Les conditions sont réunies pour aller vers un mouvement plus dur qu'en 1995»

Fabien Villedieu, délégué SUD-rail

De quoi rendre les cheminots quelque peu fébriles. «Les conditions sont réunies pour aller vers un mouvement plus dur qu'en 1995», prévient d'ores et déjà le syndicat d'extrême gauche SUD-rail. Sauf qu'à l'Élysée on pense aussi que les conditions sont réunies, mais pour aller encore plus loin que ce que prévoyait déjà le programme présidentiel d'Emmanuel Macron. «Ce n'est pas avec ce que l'on a fait que l'on aura transformé la France en une société du risque et de la mobilité», assure un proche du président de la République avant de lancer, comme un défi ou un gage de détermination: «Nous n'avons pas encore dépassé les corporatismes.» Celui des cheminots de la SNCF donc mais aussi, de façon plus générale, celui des fonctionnaires.

Au-delà des résistances

Les mots qui ont accueilli les projets du gouvernement sont d'ailleurs révélateurs de la tension qui monte entre le gouvernement et la fonction publique. «Dynamitage», «permis de licencier», «attaque»… voilà qui en dit long sur la réforme en profondeur qu'envisage Emmanuel Macron. De ce bras de fer qui s'annonce dépend la suite des projets du chef de l'État, qui veut aller bien au-delà de cette seule question des suppressions de poste.

Du succès de cette première étape dépend la réforme des retraites. Annoncée pour 2019, elle porte en elle les questions encore plus explosives de l'alignement du public sur le privé. En clair, la suppression des régimes spéciaux, même si l'idée n'est jamais formulée comme telle.

«À l'été, nous aurons engagé une somme de réformes jamais vues»

Un proche d'Emmanuel Macron

Autour du chef de l'État, on a pris la mesure des oppositions mais on ne s'en inquiète pas outre-mesure. «Cette question de la difficulté des réformes nous est posée de manière récurrente, presque tous les deux mois depuis l'élection, observe-t-on à l'Élysée. Nous allons appliquer la même méthode que celle qui nous a permis de réformer le Code du travail ou l'université». Les proches d'Emmanuel Macron sont presque tous sont persuadés que sa popularité est indexée sur sa capacité à tenir ses engagements. D'où la volonté réaffirmée de tenir le rythme. «À l'été, nous aurons engagé une somme de réformes jamais vues», assure ainsi un proche du président. D'ailleurs, certains envisagent déjà la suite, lorsque au-delà des résistances, il faudra engager l'étape d'après les engagements de la campagne présidentielle. «On a des idées sur une deuxième batterie de propositions avec des choses qui viendront compléter et amplifier le programme, assure un proche d'Emmanuel Macron. On ne se privera pas d'aller encore plus loin si c'est cohérent. Et si par exemple, il faut encore faire évoluer le droit du travail, on le fera.»

Pour l'heure, cette stratégie a plutôt servi le président. Si sa popularité a récemment enregistré une baisse conséquente, elle demeure toutefois assez élevée par rapport à celle de ses prédécesseurs à la même époque. Pas de quoi faire douter l'exécutif donc. Comme le reconnaît drôlement ce député de la majorité: «Peut-être qu'on se plante mais les Français sentent bien qu'on le fait avec sincérité.»

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