Entretien

«Entre la hausse des salaires, le travailler plus sans charges ni impôt et le rachat de RTT, c’est un changement radical pour redonner du pouvoir d’achat aux Français par leur travail», insiste le conseiller de la candidate LR

L'Opinion - 2 février 2022 - Par Raphaël Legendre

Les faits - Sous la pression du Medef, Valérie Pécresse a renoncé à l’augmentation de 10 % des salaires jusqu'à 2,2 smic par la suppression des cotisations salariales retraites. L’objectif est conservé, assure Xavier Bertrand, son conseiller pour le travail.

Président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand est conseiller auprès dela candidate LR Valérie Pécresse, en charge du travail et de la « République des territoires».

Rétrospectivement, la promesse d’augmenter de 10 % les salaires jusqu’à 3 000 euros était-elle une erreur ?

L’erreur serait de considérer que les salaires sont actuellement trop élevés en France. Avec Valérie Pécresse, nous pensons le contraire. La France offre une protection sociale unique en cas d’accident de la vie, mais ce dont les Français ont besoin, c’est d’un niveau de vie plus élevé. Celui-ci dépend, en effet, de ce qui rentre et de ce qui sort. Il est donc essentiel d’agir sur deux leviers : la réduction des dépenses publiques pour baisser les prélèvements et la hausse des revenus.

Vous avez néanmoins ramené l’objectif de 10 % à 3 %…

Je suis convaincu que sur le quinquennat qui vient, grâce à cette mesure, les salaires pourront augmenter davantage que les 10 %. C’est une évidence au vu des problèmes de recrutement et de fidélisation des salariés qui préoccupent beaucoup les chefs d’entreprise. Il faut simplement y ajouter une forte dose de volontarisme politique. Valérie Pécresse veut que ça aille vite. C’est pour cette raison que les 2,4 % de baisses de cotisations salariales que nous proposons dès 2022 vont permettre de garantir une hausse immédiate de 3 % des salaires nets et a minima de 5 % dès 2023. Pour un salarié à 1 500 euros, cela représente plus de 500 euros supplémentaires par an. Pour un salarié à 2 000 euros net, c’est plus de 700 euros. Et ce mouvement de hausse des salaires va se poursuivre année après année.

La première mouture de la mesure coûtait 25 milliards d’euros. Un coût orthogonal avec la promesse de rétablissement des comptes publics. Combien coûtera celle-ci ?

Elle coûtera 7 milliards d’euros en gardant en tête deux enjeux : on s’attaque à l’urgence du pouvoir d’achat avec une augmentation immédiate de 3 % sans oublier le besoin de compétitivité des entreprises. Je ne connais pas une entreprise qui ne souhaite pas payer correctement ses salariés. Le problème en France, c’est que quand on verse 100 au salarié, il faut payer 165.

Justement. Pour un candidat de droite, le rôle de l’État ne devrait-il pas se cantonner à la création d’un environnement favorable à la croissance et aux entreprises pour augmenter les salaires ?

C’est précisément ce que nous faisons en engageantune baisse des prélèvements obligatoires gagée par une baisse de la dépense publique. Mieux : nous allons aussi engager un mouvement sans précédent de simplification des normes et des contrôles.

Simplifier, c’est compliqué. Tous les gouvernements s’y cassent le nez. Quelle sera votre méthode ?

Cela n’a jamais fonctionné car on demande aux administrations de contrôles de simplifier. Autant demander à quelqu’un de scier la branche sur laquelle il est assis, ça n’est pas leur culture. Nous allons réussir parce que notre méthode est aux antipodes du centralisme de Monsieur Macron. Le mouvement de simplification partira du terrain, auprès des organisations professionnelles, des chambres consulaires, des plateformes digitales… On se donne 100 jours pour recenser les normes et les contraintes qui seront supprimées ou allégées.

Le patronat réclame 35 milliards d’euros de baisse des impôts de production. Vous proposez dix fois moins. Allez-vous revoir votre copie ?

La candidate fera prochainement des propositions pour renforcer la compétitivité de nos entreprises qui iront clairement dans le sens de la réduction des impôts de production. Nous voulons un système gagnant-gagnant pour les salariés comme pour les entreprises. Il faut que les entreprises qui souhaitent augmenter les salaires puissent avoir des marges de manœuvre pour le faire.

L’UIMM demande par ailleurs le transfert de 24 milliards d’euros de cotisations chômage sur la TVA ou la CSG, estimant qu’elles relèvent de la solidarité nationale plus que d’un régime assurantiel. Qu’en pensez-vous ?

Ça s’appelle une TVA sociale et c’est extrêmement compliqué de la mettre en place alors que l’enjeu aujourd’hui, c’est l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe. Cette taxe est beaucoup plus intéressante, à condition qu’on ne la fasse pas a minima comme le demandent les Allemands. Nous ferons d’autres propositions sur l’assurance chômage, avec une réforme très importante qui n’a rien à voir avec les aménagements purement financiers de la dernière réforme.

Vous proposez aussi une grande conférence sociale après l’élection. Exactement ce que promettait François Hollande en 2012…

Les enjeux sont majeurs : nous voulons aborder les salaires, les évolutions de carrière notamment des salariés de deuxième ligne, les minima de branche inférieurs au smic. Nous baisserons les charges mais ne nous racontons pas d’histoire : il faudra travailler plus. C’est le cœur du projet que nous portons. Il faudra aussi de la souplesse. Pour les heures au-delà de 35, pas d’impôts, pas charges sociales, plus de contingents ni de plafonnements. Le tout, par accord ou référendum d’entreprise. Le rachat de RTT par les salariés sera vraiment simplifié quelque soit la taille de l’entreprise, non imposable et sans cotisations patronales. Entre l’augmentation des salaires, le travailler plus sans charges ni impôt et le rachat de RTT, c’est un changement radical que nous proposons pour redonner du pouvoir d’achat aux Français par leur travail.

Le programme de Valérie Pécresse contenait beaucoup plus de baisses de charges pour les ménages que pour les entreprises. Est-ce encore le cas aujourd’hui?

La candidate annoncera elle-même de nouvelles baisses pour les entreprises prochainement, et vous serez surpris ! Mais si on veut des gains de compétitivité dans les prochaines années, il faut desserrer le frein de l’économie française d’un coup. C’est ce que nous allons faire en nous attaquant de front à la fiscalité, mais aussi à la bureaucratie et aux normes. On va imposer aux administrations de nouvelles règles.

Entre « le comité de la hache » créé en 1947, le « Kärcher » qui a vingt ans ou le « cramer la caisse » déjà utilisé par Laurent Wauquiez il y a cinq ans, les hits de la campagne de Valérie Pécresse sont beaucoup tournés vers le passé, ne trouvez-vous pas ?

Une femme présidente de la République, c’est synonyme de passé ? Elle incarne la modernité. Dans chacune de ses fonctions, Valérie Pécresse a transformé. Sa marque de fabrique, c’est le courage. Cela fait une sacrée différence avec le titulaire jusqu’en avril de la fonction présidentielle.