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Des Français musulmans, juristes, chefs d’entreprise, universitaires, ingénieurs… affirment, dans une tribune au « Monde », ne pas reconnaître les principes fondamentaux de l’islam dans les pratiques extrémistes filmées dans le reportage de « Zone interdite ».

 Tribune. Français musulmans engagés, nous voulons dénoncer fermement les pratiques islamistes séparatistes, mises en évidence dans le reportage de « Zone Interdite », diffusé sur M6, le dimanche 23 janvier. Citoyennes et citoyens français de confession musulmane, nous sommes attachés à la France, notre pays, et attachés à l’islam, notre religion. Nous dénonçons l’islamisme radical, le salafisme et leurs corollaires : le fondamentalisme, l’obscurantisme, l’intolérance, l’enfermement idéologique.

En tant que Français musulmans, nous ne reconnaissons pas les principes fondamentaux de l’islam dans les pratiques extrémistes filmées dans le documentaire. Nous condamnons et rejetons ces pratiques sans hésiter. Nous fondons notre condamnation et notre rejet sur notre citoyenneté française et sur notre participation au contrat social et aux lois de la République. Nous les fondons aussi sur notre lecture du Coran, le texte saint de l’islam, et sur notre foi musulmane.

Celles et ceux d’entre vous qui ne connaissent pas l’islam ont pu être choqués et consternés par des images du documentaire, comme nous l’avons été aussi. Cet islamisme radical fait peur et interpelle nos consciences.

Comment pouvons-nous accepter cette perversion de l’islam, qui consiste à nous couper de notre rapport aux autres ? Quel pseudo-rationnel peut-il justifier de voiler des fillettes de 7 ans, sinon de maltraiter leur libre arbitre et leur rapport au monde ?

 

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Esprit critique et raison

Nous voyons dans cette pratique une forme de maltraitance qui doit cesser au nom des droits de l’enfant. Comment tolérer des poupées sans visage, alors que la communication par le visage et les émotions sont indispensables à l’épanouissement des enfants, ainsi qu’en attestent les études scientifiques ? Nous voyons dans cette pratique un rejet de notre humanité commune, de nos émotions, de nos sensations, de notre ouverture sur le monde, de notre émerveillement devant la beauté de la nature.

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Et que penser d’une instruction religieuse qui ne cherche que l’imitation littérale et ne favorise pas la réflexion personnelle, la méditation et la compréhension des textes sacrés ? Une instruction religieuse sans tâcher de saisir le sens des textes sacrés, sans spiritualité, sans réflexion sur ce que sont le bien et le mal, sans morale, sans responsabilité individuelle, sans humanisme, sans universalisme, sans intégration dans la société, est bien vide de sens.

Le respect de la personne humaine, la réflexion sur le sens de la vie et la volonté de vivre en société sont les boussoles morales qui devraient guider toutes nos actions. Nous faisons nôtre l’héritage des Lumières, qui voit dans l’éveil de la réflexion personnelle la base de l’éducation.

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L’un des messages centraux du Coran est l’importance de s’instruire, d’apprendre. Quel apprentissage, quel enseignement peuvent être dispensés dans des écoles islamistes radicales où règnent fondamentalisme et obscurantisme ? Les sciences naturelles sont absentes. La musique et l’art sont interdits. Quelle médiocrité !

Quelle image de l’islam renvoyons-nous ? L’éducation, la soif de sciences, la culture, l’ouverture au monde, l’ouverture aux autres, la tolérance, sont indispensables à notre conscience. L’esprit critique et la raison sont les bases de tout épanouissement humain. La contemplation esthétique n’est pas interdite dans le Coran !

Un dévoiement pervers

Les pratiques de l’islamisme radical nous révulsent, nous attristent et nous choquent. Elles sont un dévoiement insupportable et pervers de l’islam.

Le salafisme n’est pas l’islam. Ce courant obscurantiste fut considéré comme hérétique et déviant par les tenants de l’orthodoxie islamique à sa naissance. L’un de ses pères fondateurs, Ibn Taymiyya (XIIIe-XIVe siècle), fut considéré comme hérétique par les autorités religieuses, à Damas comme au Caire et à Alexandrie.

Ibn Taymiyya fut incarcéré pour avoir voulu appliquer les versets du Coran de manière trop littérale. Le rejet de ses thèses le fut sur le plan dogmatique, notamment son anthropomorphisation de Dieu, mais surtout pour sa pratique rigoriste. Le salafisme s’inscrit dans une volonté de vivre selon des préceptes prétendument islamiques, mais qui effacent le spirituel et l’humain pour ne s’attarder que sur des rituels.

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De fait, il permet une emprise psychologique des individus qui se coupent de l’autre. Il rend esclave l’être humain en lui faisant suivre des directeurs de conscience, alors que le Coran insiste sur la liberté de conscience et la responsabilité individuelle de chacun. Par exemple : « Nous avons rendu tout être humain responsable de sa destinée » (Coran, 17.13).

Tolérance et bienveillance

Aux islamistes et aux salafistes, nous rétorquons que le Coran appelle à faire usage de son entendement et de sa raison, dans l’observation de la nature comme dans la réflexion sur la vie (par exemple, Coran, 2.44 ; 3.190 ; 16.12-13, 67 ; 20.54 ; 45.5). Le Coran dit explicitement qu’observer et étudier la nature, dans toute sa complexité, est une manière de reconnaître la toute-puissance divine.

Aux islamistes et aux salafistes, nous rétorquons que le Coran reconnaît la diversité des points de vue et des identités à travers le monde (par exemple, 22.67 ; 30.22 ; 10.19 ; 11.118). Le Coran reconnaît explicitement la diversité des rites religieux et des expressions religieuses (22.67).

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Aux islamistes et aux salafistes, nous rétorquons que le Coran recommande la tolérance et la bienveillance, y compris vis-à-vis des non-croyants (7.199 ; 25.63). Par exemple : « Les serviteurs du Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre, ceux qui répondent avec douceur aux non-croyants qui les interpellent » (Coran, 25.63).

Aux islamistes et aux salafistes, nous rappelons enfin que le Coran valorise la foi et la piété intérieures (8.2 ; 9.64), notamment plus que les actes purement rituels. Par exemple : « Les vrais croyants sont ceux dont les cœurs frémissent quand le nom de Dieu est évoqué » (Coran, 8.2), un verset qui n’est pas sans rappeler la contemplation chrétienne. Même le Prophète de l’islam ne pouvait convaincre ceux ou celles qui ne souhaitaient pas entendre son message : le for intérieur reste du domaine de l’intime (Coran, 28.56 ; 46.23).

Amalgame et confusion

Bien sûr, certains aspects du reportage de « Zone Interdite » peuvent être critiqués. L’amalgame est bien trop facile lorsque l’on montre des images de boucheries halal ou de jeunes femmes qui assument le port du voile, en leur libre conscience. Ces images, dans la continuité de celles sur les écoles islamistes radicales, mises sur le même plan, peuvent susciter la confusion.

Non, l’existence de boucheries halal ne témoigne pas d’un « grand remplacement » en cours. Non, les femmes qui portent un voile, le portant de plein gré, et en respectant les lois de la République, ne devraient pas être montrées du doigt. Non, la prière et la foi ne sont pas en soi des subversions. Ne mélangeons pas tout à des fins polémiques et gardons en tête que la grande majorité des musulmans respecte les lois et les valeurs de la République.

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Aux musulmans, nous voulons rappeler notre responsabilité. Eloignons-nous de la médiocrité de pratiques qui n’ont pas de fondement théologique et sont vides de spiritualité. Cultivons-nous. Participons de plain-pied à la société française. Restons critiques face aux injonctions de prédicateurs douteux. Soyons exemplaires, comme notre religion nous le demande. Visons l’excellence et l’intégration républicaines, pour nous et nos enfants.

A la présentatrice et au témoin de l’émission « Zone Interdite », Ophélie Meunier et Amine Elbahi, nous exprimons notre soutien le plus vif. Nous en sommes solidaires, ainsi que de tous les journalistes faisant leur travail d’information et d’exposition des faits.

Liste des signataires : Fouad Aouni, chercheur doctorant en sociologie ; Halima Boughanmi, juriste ; Saïd Branine, directeur de la rédaction du site Oumma.com ; Abd Raouf Chouikha, professeur émérite, université Paris-Sorbonne ; Nahida El Harragua, juriste ; Ali Hadadah, maître de conférences en économie ; Sarah Hammou, ingénieure ; Lina Hantala, docteure en pharmacie ; Sophia Idris, biologiste ; Hocine Kerzazi, chercheur en sociologie des religions ; Imane Makrat, chef d’entreprise ; Alicia Marzouk, statisticienne ; Samira Moussaoui, chef de projet ; Enis Mrabet, avocat au barreau de Paris ; Marwan Sinaceur, professeur de psychologie sociale à l’Essec.