Tribune

Dans une biographie écrite par le journaliste Quentin Hoster, qui l’a suivi pendant deux ans, le maire de Cannes dévoile quelques pistes pour rénover le logiciel de la droite d’ici à la prochaine échéance présidentielle.

La bureaucratie coûte cher

La bureaucratie est une pesanteur qui coûte cher au contribuable, qui se traduit en règles souvent contradictoires, d’autant qu’elles sont portées avec zèle par des agents dont l’intelligence s’exprime non pas dans l’accompagnement des projets, mais dans la capacité à les ralentir ou à les bloquer. Cette bureaucratisation nécessite des moyens, que sont les impôts et la dépense publique. La France est le pays de l’OCDE qui a le taux le plus élevé de prélèvements obligatoires après le Danemark - et 12 points au-dessus de la moyenne de l’OCDE - et aussi de dépenses publiques par rapport à la richesse produite, respectivement 45,2 % et 57,6 % en 2022. Et une grande partie de ces dépenses alimente une administration qui n’est pas d’action mais de « back office ».

Les tâches purement administratives représentent 23 % de la masse salariale des fonctionnaires dans l’UE, 25 % en Allemagne, mais 33 % en France. On l’a vu durant le Covid, où l’hôpital, qui est plus doté qu’ailleurs, se retrouve finalement avec moins de moyens et des soignants moins bien payés. Par rapport à un pays très administré comme l’Allemagne, en additionnant État fédéral et Lands, on se retrouve avec 450 000 agents de plus qui ne sont pas sur le terrain et qui sont souvent mal rémunérés et malheureux dans leur travail, pour le même service public, plus onéreux pour le contribuable. C’est la base du problème français.

Créer des “provinces”

Il faut des voies différentes pour devenir haut fonctionnaire, avec beaucoup plus d’acquis, d’expérience, créer des passerelles entre le privé et le public. De nombreuses tâches administratives, aujourd’hui, ne rendent pas service au public. Elles ne rendent service qu’à l’administration elle-même. Ce sont ces tâches-là qu’il convient de simplifier, voire de supprimer lorsque c’est possible.

Cela passera aussi à mon sens par une réforme institutionnelle. Les grandes régions ne correspondent pas non plus à des réalités historiques. Une bonne réforme de Nicolas Sarkozy, qui consistait à créer des conseillers territoriaux siégeant à la fois à la région et au département, pour plus de cohérence, a été supprimée par François Hollande qui, de surcroît, a fait ces grandes régions qui, aujourd’hui, rendent impossible - ou à tout le moins très problématique - le rapprochement territorial régions-départements pour les conseillers territoriaux. Selon moi, il faudrait créer de grands départements, que l’on appellerait « provinces », à qui reviendrait le pouvoir d’application des lois, excepté sur le régalien, les libertés publiques et le pénal, qui resteraient du ressort de l’État.

Remettre l’État au service de la société

L’idée maîtresse est de remettre l’État au service de la société, et non pas le contraire. Il faut distinguer ce qui relève de l’individu de ce qui relève de la puissance publique locale et nationale, pour sortir de cette approche qui consiste à pondre une loi sur tout.

C’est une révolution copernicienne, un renversement idéologique majeur que la France doit opérer sur sa façon d’agir et de penser.

Ensuite, il faut rétablir la performance publique, pas systématiquement en supprimant des normes, mais en redonnant du sens aux missions de service public, en limitant le statut du fonctionnaire et en le valorisant.

Transférer le pouvoir réglementaire, non pas législatif, mais la politique de l’emploi, le suivi des règles environnementales, la transition énergétique, aux collectivités, déjà dans le cadre des régions et départements actuels, ou a fortiori dans des provinces, comme je l’évoque, changerait beaucoup de choses. L’État conserverait ainsi le régalien et le contrôle de l’application des lois. Pour citer Guizot : « Que le pouvoir central renonce à la prétention d’être tout, et bientôt il cessera d’être seul. »

Il gagnerait en autorité et en force s’il laissait le local appliquer les lois et rendre des comptes. Bien d’autres pays sont plus apaisés que le nôtre car la prise de décision se fait aux bas échelons et l’exécution au plus près de ses effets.

La France n’est pas assez libérale

Quand j’entends le racolage politique de gauche, et chez une certaine droite aussi, dire que le problème de la France est sa politique libérale, cela me fait bondir. Comment qualifier de « libéral » un pays qui ne cesse de multiplier les atteintes à la propriété privée, dont la politique a conduit au record mondial des impôts et charges par rapport à la richesse produite, au record mondial des transferts sociaux, au record mondial de la dépense publique ? Le problème de la France, c’est qu’elle n’est justement pas assez libérale. Elle ne laisse pas assez de place à l’initiative privée, elle régule trop, elle entrave trop, elle contraint trop. C’est pourquoi le nœud gordien qu’il nous faut trancher aujourd’hui est clairement celui de l’organisation des pouvoirs publics pour renouer avec la performance publique qui nous permettra de restaurer l’autorité de l’État, de redresser les comptes publics, de retrouver une société prospère et une nation unie.

Lutter contre l’immigration

Il y a trop d’insécurité et il y a trop d’immigration. Depuis 2017, nous battons des records en termes d’entrées légales sur le territoire national avec 1,3 million de titres de séjour accordés entre 2017 et 2021. Dans le même laps de temps, les coups et blessures volontaires ont augmenté de 32 %, les homicides de 12 %. Et la part très élevée des étrangers dans la délinquance est une réalité aujourd’hui admise au sommet de l’État.

Il ne faut pas essentialiser l’immigré, dire qu’il est un délinquant par nature, mais en revanche en finir avec la naïveté et regarder les faits. En prison, et dans les mis en cause en matière de délinquance du quotidien, il y a une surreprésentation des populations étrangères et d’origine étrangère. L’insécurité est liée à l’immigration lorsque celle-ci est mal maîtrisée et que l’assimilation ne se fait pas. La qualité de l’accueil de l’immigré est tributaire de la quantité. Car lorsque la quantité n’est plus contrôlée, il émerge un communautarisme qui produit ses propres règles, parfois en contradiction avec la règle de la communauté nationale, notamment par des différences culturelles fortes. C’est l’intériorisation du sentiment de coresponsabilité qui nous prémunit de la délinquance. S’il n’y a pas d’assimilation, on se sent extérieur à la société envers laquelle la transgression est alors beaucoup plus facile.

La France est capable de délivrer des visas en échange de la reprise de leurs ressortissants criminels. Elle peut aussi contrôler les mouvements financiers à destination de ces pays. Il faut se faire respecter. Nous le pouvons si nous le voulons. De même qu’il faut rétablir le délit de séjour illégal sur le territoire national. Expulser les clandestins, sanctionner et renvoyer les étrangers délinquants sont autant d’évidences à concrétiser et sans effets de théâtre.

Ajouter un système de retraite par capitalisation 

C’est précisément la dépense publique et l’expansion budgétaire inconsidérées qui créent cette inflation qui attaque le pouvoir d’achat. Celui-ci dépend des revenus, eux-mêmes liés à la production qui enrichit et augmente le niveau de vie d’un pays. Une prospérité durable et génératrice de revenus réels, d’enrichissement populaire, exige une politique de l’offre…

Néanmoins, parallèlement, il n’est pas incongru, et il est même nécessaire dans cette période, d’avoir des dispositifs d’accompagnement nationaux ciblés et conjoncturels, et individuels et locaux, délivrés par les centres communaux d’action sociale (CCAS) et les départements, parce que c’est à l’échelle locale qu’il est possible d’identifier les besoins, les urgences et d’y répondre rapidement et efficacement. Il peut aussi y avoir de grands dispositifs sociaux nationaux, mais ils doivent être réajustés.

Dans « un système fini face à une demande infinie », comme le décrivait Foucault pour la santé, une participation civique sera nécessaire, une délibération active sur le choix des prestations de santé et leur hiérarchisation dans le remboursement par la Sécurité sociale. Pour sauver notre système de retraite basé sur la solidarité nationale, nous devons obligatoirement adjoindre un système de retraite par épargne à notre système par répartition. Il ne s’agit pas seulement de faire bouger le curseur de l’âge de départ ou bien du nombre d’annuités car il ne s’agit là que de mesures paramétriques.

Or, ce qu’il faut, c’est une réforme qui permette d’agir à la fois sur la pérennité du système, sur la sauvegarde et l’amélioration du pouvoir d’achat des retraités, sur les comptes de la nation et aussi sur la recapitalisation de notre économie. Dire que le système actuel de répartition pourra perdurer sans cotiser plus - en montant ou en durée - ou percevoir moins, avec la nouvelle donne démographique, reviendrait à faire confiance à la viabilité d’un placement de Madoff ou de toute autre pyramide de Ponzi.

Je ne suis ni optimiste ni pessimiste, mais j’essaie d’être réaliste. Je n’ai pas non plus de certitudes. Ce que je sais, c’est que la conviction du caractère inéluctable devient une prophétie autoréalisatrice. Je reste persuadé que rien n’est ni définitif ni linéaire, que l’on peut retrouver un cycle d’ordre et de prospérité en changeant d’exécutif et de politiques publiques sur une dizaine d’années. Conjuguer un renouveau éducatif et culturel, développer la science, la maîtrise des flux migratoires et le rétablissement de l’autorité régalienne, retrouver la prospérité économique, tout cela peut faire de la France un eldorado de l’Europe, j’en suis convaincu.

S’attaquer aux zones de concurrence de droit

Soit on continue de fermer les yeux pour ne pas accepter la réalité, soit on s’y attaque enfin durablement et fortement. Ce ne sont d’ailleurs pas des zones de non-droit mais de concurrence de droit, entre celui de la République et celui des gangs. […] Retrouver de l’unité nationale, cela passera aussi, évidemment et avant tout, par un travail policier et judiciaire massif, dont les actions créeront des troubles. Il faut nous y préparer et utiliser les moyens de la République pour faire respecter l’ordre républicain de manière proportionnée et juste. Si quelqu’un s’attaque à un policier, il doit s’attendre à une réplique forte. C’est le contraire qui est anormal.

La notion de grand remplacement est pernicieuse et douteuse à tous points de vue car elle renvoie, selon sa conception initiale, à une conscience volontaire de remplacement, une sorte de mouvement politique et civilisationnel. Cela dit, il ne faut pas nier le problème de peuplement, qui passe en effet par des situations vécues comme du remplacement. Je vois des communes où la population n’est plus que d’origine étrangère. J’espère qu’elles deviendront des composantes paisibles de la nation française, ce qui peut souvent être le cas chez les individus. Mais on ne peut plus parler aux individus et les inscrire dans l’universalisme républicain et simplement le sentiment d’appartenance à la multiséculaire nation française, quand il y a de tels groupes générateurs d’us et coutumes.

L’assimilation est une politique de long terme. Mais il faut mettre en place rapidement les mesures qui permettront d’y parvenir : politique de peuplement dans les quartiers et à l’école pour éviter d’avoir des classes composées à plus de 50 % d’enfants issus de l’immigration, obligation de ressources et de maîtrise de la langue française pour venir s’installer sur le territoire national, renvoi immédiat des délinquants et criminels étrangers, rétablissement du délit de clandestinité, intransigeance quant au respect de nos mœurs et de notre mode de vie…

EXTRAITS CHOISIS PAR CARL MEEUS

David Lisnard. Le réveil de la droite, de Quentin Hoster (en librairie le 26 janvier).