Politique
La dernière livraison du baromètre annuel Verian pour Le Monde sur l’image du parti d’extrême-droite, montre une adhésion croissante à ses propositions. Stupéfiant.
Le Journal.info - 13 janvier 2026 - Par Sylvie Pierre-Brossolette*
Rien ne semble entamer la marche en avant du RN. Les chiffres publiés par Le Monde sur l’opinion des Français, à la fois sur ce parti et ses idées, donnent froid dans le dos. Y compris sur les sujets les plus controversés, des citoyens de plus en plus nombreux, y compris chez les sympathisants de gauche, semblent être séduits par les solutions proposées par le Rassemblement national. On savait que Marine Le Pen, et encore plus Jordan Bardella, étaient populaires. Mais là, il s’agit du fond.
En effet, l’approbation globale du positionnement du RN monte à 42%, avec seulement 44% de désaccord, contrairement à des périodes pas si lointaines où le nombre des Français en accord se limitait à 29% comme en 2022. Plus inquiétante encore, la liste des sujets sur lesquels une large majorité se retrouve : 80% ( +10) estiment que la justice n’est pas assez sévère, 73% qu’il faut suspendre les allocations familiales des parents de mineurs délinquants, 66% (+10) qu’il faut interdire le port du voile islamique dans l’espace public, 65% qu’il faut restreindre le regroupement familial, 64% (+10) qu’il faut donner beaucoup plus de pouvoir à la police…
Des mesures plébiscitées, y compris à gauche
On trouve aussi une majorité de citoyens qui souhaitent priver d’allocations les ménages étrangers, supprimer l’aide médicale d’État (AME), instaurer la préférence nationale en matière d’emploi et en finir avec le droit du sol. Les tabous tombent les uns après les autres. La gauche est touchée. On découvre 25% de ses partisans d’accord avec la suppression du droit du sol, et même 40% pour vouloir restreindre le regroupement familial. Des évolutions qui montrent à quel point le RN est en passe de gagner la bataille culturelle façon Gramsci.
Ce parti n’est plus ressenti comme un danger pour la démocratie par 44% des Français (contre seulement 41% d’avis contraire). En 2017, au moment de la première élection d’Emmanuel Macron, 58% des électeurs considéraient le RN comme un danger. Un différentiel de 17 points en l’espace de moins de deux quinquennats. Quel bilan ! Celui qui a été élu par deux fois contre l’hydre d’extrême-droite lui ouvre un boulevard en fin de mandat. C’est lui, du coup, qui finit par être considéré comme un danger par une majorité de la population ! Triste retour des choses.
Un vote d’espoir, plus seulement de colère
Le RN fait rêver ! Plus de 40% des électeurs pensent que ce parti au pouvoir sera capable d’améliorer leur sort, en particulier dans les domaines de la sécurité, de la réindustrialisation, de la qualité des services publics et, bien sûr, du pouvoir d’achat. Très longtemps, le réceptacle d’un simple vote de colère, l’extrême-droite est devenue aussi le symbole d’espoir concret, à l’heure où tous les autres partis ont failli.
La leçon est rude pour les dirigeants actuels des mouvements dits de gouvernement. Il est peut-être encore temps de rectifier le tir, même s’il est minuit moins une. Pour cela, il faudrait apporter des réponses concrètes et crédibles à la plupart des préoccupations majeures des citoyens, à commencer par les sujets régaliens, mal gérés à droite et trop souvent délaissés par la gauche. Comment convaincre le pays quand l’essentiel du temps est occupé à des chamailleries de boutiquiers ? Il est grand temps de revenir à l’essentiel. Après avoir lu les chiffres cités ici, on ne pourra pas dire : on ne savait pas…
Sylvie Pierre Brossolette, Chroniqueuse
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