Politique
Pour battre Marine Le Pen, l’ancien président de la République propose d’unir toutes les forces progressistes en faveur du redressement de la France. Dans son dernier livre, il trace les grandes lignes d’un programme présidentiel de rassemblement.
LibreJournal.fr - 2 septembre 2026 - par Valérie Lecasble
Lui se situe ailleurs. Au-dessus des partis, au-dessus de la mêlée. Il ne participera pas à la primaire de la gauche, ne débattra pas avec ses camarades sociaux-démocrates qui s’écharpent pour savoir combien d’émissions sur la primaire les chaînes de télévision doivent programmer.
Hollande veut dépasser les partis
L’ancien président de la République veut prendre de la hauteur, assumer d’« Unir », du nom de son dernier livre, dès le premier tour de l’élection présidentielle. Contre la règle d’or qui préconise de rassembler son camp d’abord pour élargir ensuite, il s’adresse tout de suite à tous les Français. Parce qu’il y a urgence et que le danger de voir Marine Le Pen s’emparer de l’Élysée est trop grand, il prend le parti de briser les tabous.
« Je suis ici à Blois parce que je suis socialiste », avait rétorqué François Hollande à ceux qui l’interrogeaient sur sa présence. Comme une évidence, à 72 ans, dont plus de cinquante au Parti socialiste, il n’entend plus prouver qu’il est de gauche et n’a de gages à donner ni d’excuses à faire à personne.
C’est pourquoi « Unir », qui trace les grandes lignes de son programme présidentiel, s’érige contre toutes les fractures et plaide pour un débat rationnel. Pour contrer la stratégie d’affrontement adoptée par le RN et LFI, François Hollande cherche à rassembler les Français autour des valeurs républicaines qui permettront de redresser le pays dans la justice. La France, pense-t-il, doit se réconcilier et retrouver sa fierté dans l’unité.
Dans son projet d’une présidence de la République concentrée sur les questions essentielles tandis que le Premier ministre gouvernera au quotidien en lien avec les députés de l’Assemblée nationale, il interpelle les progressistes : ceux de gauche ou bien égarés dans le macronisme. Il anticipe la réunion de tous les républicains au second tour pour battre Marine Le Pen. Contre le populisme d’extrême droite, il promet un débat sérieux, rationnel, sans insultes ni invectives.
Travail, retraites et école au programme
C’est cela sa nouvelle gauche, celle qui affronte les défis du monde nouveau, au nom de valeurs républicaines et sociales-démocrates. Il cite en vrac le changement climatique, la nouvelle donne stratégique, les assauts contre l’Europe, la dette et la crise financière qui vient plus tôt qu’on ne l’attendait. Il s’attarde sur la nécessaire revalorisation du travail, avec la hausse du salaire net de 10 % et la reconnaissance des salariés qui bénéficieront d’une représentation élargie dans les instances de direction. Tandis que le choc de l’IA, avec ses espoirs de progrès mais aussi ses menaces de chômage, nécessitera une négociation globale avec les partenaires sociaux.
Il préconise aussi le relèvement de l’école, défend une politique pour la jeunesse, s’inquiète des nouveaux défis de la santé publique et de la crise des retraites pour lesquels il prévoit un âge pivot à 63 ans et un allongement de la durée de cotisation selon l’espérance de vie et la pénibilité du travail effectué. Sans omettre la désindexation partielle des retraites les plus confortables. Il veut enfin affronter la guerre culturelle que mènent les extrêmes droites. Autant de considérations, loin d’être dogmatiques, qui sont de bon sens. Il ne s’agit pas de plaire à tel ou tel électorat mais bien de trouver la voie qui sorte le pays de l’ornière.
L’école sera une priorité. L’exigence scolaire et une politique d’aide aux élèves en difficulté seront menées grâce à des classes de rattrapage en fin de primaire et avant l’université, et par une baisse du nombre d’élèves par classe. Pour les accompagner, un répétiteur IA sera fourni à chaque élève sous le contrôle des enseignants, un Erasmus dans le secondaire, et l’enseignement du travail manuel sera proposé à tous afin que chacun puisse déterminer s’il souhaite ou non en suivre la filière.
L’autre mantra est de développer une politique en faveur de la jeunesse grâce à des allocations familiales au premier enfant, et à une protection de l’enfance ; un congé parental obligatoire pour les hommes ; un service civique étendu à 300 000 personnes, soit la moitié d’une classe d’âge, avec une dotation de 10 000 euros et le permis de conduire gratuit à la clé.
Europe, immigration et sécurité prioritaires
L’indispensable planification écologique sera fondée sur l’investissement en faveur de la décarbonation et sur une réindustrialisation verte qui verra l’instauration d’un compte carbone individuel, et le lancement d’une voiture électrique populaire grâce à l’intervention publique.
Une priorité sera donnée à l’Europe et à la défense commune, à un déficit ramené à 3 % en fin de mandat, et à une politique d’immigration plus ferme, fondée sur le travail, avec un quota fixé chaque année. Il faudra pour cela exécuter les OQTF, expulser les étrangers délinquants, raccourcir les délais d’examen des demandes d’asile, mieux contrôler le regroupement familial et le nombre des étudiants étrangers, exiger enfin l’apprentissage par les immigrés de la langue française et des valeurs civiques.
La sécurité ne sera pas en reste : elle devra être plus ferme, équilibrer prévention et sanction, accroître le nombre de places en prison, articuler les polices municipales et nationales, et lutter en priorité contre le narcotrafic. Enfin, comme traditionnellement à gauche, le budget de la Culture sera maintenu et une loi sur le pluralisme de la presse et de l’édition sera votée.
Tout un programme, on le voit, sur lequel toute personne raisonnable peut s’accorder. Ni totalement de gauche, ni de droite, mais dans un entre-deux progressiste, voilà comment François Hollande cherche à rassembler tous les Français qui refusent que la France bascule en 2027 dans le populisme.
Valérie Lecasble
Editorialiste politique
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