Marine Le Pen, aux côtés du président du RN, Jordan Bardella, pour un meeting de campagne à La Flèche le 8 juillet 2026, au lendemain de l'annonce de sa candidature à l'élection présidentielle française de 2027, juste après que la cour d'appel a confirmé sa condamnation pour détournement de fonds. (Photo FRED TANNEAU / AFP)

Politique

L’ex-plan B n’en finit pas d’avaler des couleuvres. Jusqu’où Marine Le Pen l’humiliera-t-elle ? Son arrivée à Matignon n’est même plus certaine en cas de victoire du RN.

LibreJournal.fr - 1er septembre 2026 - Par Sylvie Pierre-Brossolette

 

Pour Jordan Bardella, qui a plané pendant un an et se voyait atterrir à l’Élysée, l’enfer n’a plus de limites. Il a dû encaisser sa rétrogradation au rôle putatif de Premier ministre sans avoir été consulté lorsque Marine Le Pen a décidé de se présenter malgré sa condamnation. Et depuis ce funeste mois de juillet, il n’en finit pas de devoir rétropédaler. La patronne est de retour, et avec elle, un entourage qui n’a jamais supporté ce jeune premier qui a eu tort d’affirmer un peu vite une ligne personnelle. Au point où on se demande maintenant s’il est le mieux placé pour occuper Matignon si la cheffe du RN arrive à l’Élysée…

Bardella rétrogradé derrière Marine Le Pen

Boira-t-il le calice jusqu’à la lie ? Chacun se rappelle la tête d’enterrement qu’il montrait lors de la sortie du « couple » sur le terrain au lendemain de la décision de la cour d’appel. Puis sa disparition des radars, notamment lors du débat organisé par le Medef, où la fille de Jean-Marie Le Pen l’a contredit sur les retraites. Il avait déclaré ne pas voir l’intérêt d’un âge pivot. La candidate est revenue à sa formule la plus généreuse, un retour à 60 ou 62 ans, selon l’âge d’entrée dans la vie active. Coût assumé : 9 milliards.

Pour l’ex-plan B, c’est une gifle. D’autant plus cinglante qu’on apprenait au même moment que son conseiller chéri, le très libéral François Durvye, était congédié par Marine Le Pen. Non seulement cet impudent plaidait pour une réforme des retraites plus compatible avec l’état des finances publiques, mais il aurait poussé Bardella à présenter sa candidature au nez et à la barbe de la patronne en la court-circuitant. Crime de lèse-majesté : exit le conseiller du petit prince.

Le voile accentue les divergences au RN

Le lent étouffement continue avec l’affaire du voile. Mariniste à 200 %,  Jean-Philippe Tanguy, rival avéré de l’équipe Bardella en économie, sort dans les médias le projet d’interdire le port du voile dans l’espace public. Une mesure qui traîne dans les cartons du RN depuis des années, mais qui, dans le contexte actuel, fait l’effet d’une bombe. Mesure hautement inflammable, impraticable et sans doute anticonstitutionnelle, elle ravit la base RN mais gêne au plus haut point Jordan Bardella, qui n’a jamais fait mystère de ses réticences sur le sujet. Il doit une nouvelle fois avaler son chapeau, affirmant que les Français seraient consultés par référendum et que, bien sûr, les amendes ne pleuvraient pas sur les femmes voilées le lendemain du scrutin. Incompréhensible…

Marine Le Pen règle-t-elle ses comptes avec un jeune homme un peu trop pressé de la laisser pour compte après sa première condamnation ? Ressent-elle le besoin tactique de revenir aux fondamentaux du RN après la dérive libérale d’un poulain saisi par l’envie de plaire à l’establishment ? Cherche-t-elle à privilégier son adversaire le moins difficile à battre, en fournissant des arguments à Jean-Luc Mélenchon pour lui donner la réplique ? Sans doute un peu de tout cela. Son entreprise – réussie – de dédiabolisation dût-elle en souffrir.

Le RN face à ses contradictions

Pour les démocrates, c’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle. Mauvaise, parce que la perspective d’un duel privilégié entre le lider maximo et la fille de Jean-Marie Le Pen est à désespérer. Mais bonne, aussi : les outrances et incohérences du RN vont peut-être ouvrir les yeux d’une majorité d’électeurs sur la réalité de l’extrême droite. Ceux-ci ne voteraient alors pas pour la championne populiste au second tour, si le camp des modérés, de gauche ou de droite, réussit à se qualifier pour le duel final. En attendant, les rêves du président du RN s’écroulent. N’est pas le Cid qui veut : parfois, la valeur attend le nombre des années…