Finances publiques

L’illusion d’un endettement indolore s’est dissoute face à la réalité des marchés financiers et de la charge de la dette.

Les Echos - Idées - 24 août 2026 - Par Sophie de Menthon et Emmanuel Millard*

 

La canicule des finances publiques françaises atteint un point critique. Entre une dette flirtant avec les 120% du PIB et une charge d’intérêts devenue le premier poste de dépenses de l’Etat, on franchit le seuil symbolique des 3.500 milliards d’euros. Avec un déficit public persistant, malgré les promesses répétées de la classe politique d’un retour sous la barre des 3 % (actuellement entre 4,5% et 4,8 % du PIB), nous sommes les plus mauvais élèves de l’Europe. La charge de la dette dépasse désormais les 60 milliards d’euros par an, talonnant les budgets consacrés à l’Education nationale et à la Défense nationale.

Sous surveillance accrue de la Commission européenne et des agences de notation, la marge de manœuvre budgétaire de la France est désormais quasi nulle. Le pire est que la lecture de ces chiffres cataclysmiques laisse finalement les Français indifférents, réclamant toujours plus, et on peut le comprendre devant l’été meurtrier qui les a affectés.

Entre 2020 et 2024,les gouvernements successifs ont largement recouru à la dépense publique pour étouffer les crises: soutien massif durant le Covid-19, boucliers tarifaires face à l’inflation énergétique et aides ciblées…Ces mesures ont installé une accoutumance structurelle à l’interventionnisme public sans financements pérennes.

Le projet de loi de finances pour 2027 («PLF2027») est annoncé comme le plus rigoureux depuis des décennies. Si on peut se réjouir que l’orientation fiscale ait privilégié la baisse des prélèvements obligatoires (suppression de la taxe d’habitation, baisses d’impôts de production), aucune réduction équivalente n’apparaît dans le périmètre de la dépense publique.

L’Etat a compensé le manque à gagner par l’emprunt, tablant sur une croissance forte qui n’existe pas.

Les entreprises dans le viseur

La composition, ou plutôt la décomposition, de l’Assemblée nationale à partir de 2024 a contraint à des compromis coûteux pour éviter la censure. Le PLF 2027 devrait acter un virage historique pour éviter la mise sous tutelle européenne ; le gouvernement propose une cure de sobriété : coup de rabot massif sur le train de vie de l’Etat, gel des effectifs de la fonction publique, revue des dépenses, non-remplacement d’un fonctionnaire en retraite sur deux, rationalisation des opérateurs publics, suppression de doublons administratifs entre l’Etat et les agences.On veut y croire ! Mais par qui, quand et comment ?

On attaque ensuite ce que les politiques préfèrent, ce qui ne coûtera qu’aux entreprises : le recentrage des aides aux entreprises et la chasse aux niches fiscales, avec la mise sous condition des aides publiques aux entreprises. Plafonnement renforcé des exonérations de charges patronales, et enfin la contribution exceptionnelle prolongée sur les très hauts revenus et les superprofits des grandes entreprises (ben voyons !) pour participer à la consolidation budgétaire.
Là, on y croit.

Plus salutaire est la mise au pas des comptes sociaux et des collectivités, avec le plafonnement strict de l’Ondam (Objectif national de dépenses d’assurance maladie), la hausse du ticket modérateur et des déremboursements ciblés. Enfin, des contrats de modération budgétaire imposés aux collectivités locales, conditionnant leurs dotations à la maîtrise stricte de leurs dépenses de fonctionnement. Renforcer la loi de programmation militaire pour répondre aux impératifs géopolitiques français et européens et sanctuariser des investissements dans la décarbonation, tout en exigeant un meilleur rendement écologique.

En cette fin d’été, c’est l’heure des choix cruciaux pour la France. L’illusion d’un endettement indolore s’est dissoute face à la réalité des marchés financiers et de la charge de la dette. Le PLF 2027 ne sera pas seulement un exercice comptable, il sera surtout le test de crédibilité de la nation face à ses engagements européens et vis-à-vis des générations futures. Une lettre au père Noël…mais cherche père Noël désespérément !

*Sophie de Menthon est présidente d’Ethic.

Emmanuel Millard est expert-comptable et président de la commission des Finances Ethic,administrateur.