Tribune
Une partie des socialistes continue d’invoquer les mânes de l’ancienne Union de la gauche pour justifier leur complaisance envers La France insoumise. Ils ont la mémoire courte…
LeJournal.fr - 24 septemnbre 2026 - Par Laurent Joffrin
Au cours du premier et bon débat de la primaire organisée par Place publique et le Parti socialiste, fut de nouveau citée la statue du Commandeur François Mitterrand pour ramener dans le droit chemin ceux qui refusent toute alliance avec LFI. L’ancien président, suggéra-t-on, avait conduit la gauche à la victoire en passant avec le Parti communiste – à l’époque passablement stalinien – un pacte électoral et programmatique. Alors pourquoi pas, aujourd’hui, avec La France insoumise ?
Le précédent du Programme commun
Le parallèle est en effet tentant – l’union est un mantra permanent dans le mouvement ouvrier depuis deux siècles. Encore faut-il en rappeler quelques traits marquants. Avant de signer le Programme commun de la gauche (en 1972), François Mitterrand avait âprement négocié avec le PCF de l’époque. Et celui-ci, désireux de jouer l’union, avait accepté de lourdes concessions pour obtenir le consentement socialiste : abandon de toute référence à la « dictature du prolétariat », qui était un pilier de son projet politique, acceptation des libertés fondamentales et de l’abandon du pouvoir en cas de défaite électorale de la gauche, maintien de la dissuasion nucléaire, de la présence dans l’OTAN, de l’adhésion à l’Union européenne, pérennité de l’économie de marché (quoique amendée par des nationalisations), etc. Une bonne dizaine au moins des totems qui faisaient son identité politique avaient été sacrifiés par la direction communiste et rayés purement et simplement de la charte commune. À cette condition, et à cette condition seulement, le PS de François Mitterrand avait joué la carte de l’union.
Les conditions d’une alliance avec LFI
Transposé aujourd’hui, ce compromis supposerait que La France insoumise, pour faire l’union, accepte des concessions d’ampleur comparable : répudiation solennelle de toute ambiguïté envers l’antisémitisme, universalisme et non communautarisme, abandon de la stratégie de confrontation permanente en politique, désir sincère et vérifié d’aboutir à un accord avec le reste de la gauche, acceptation des règles de l’Union européenne, soutien clair à l’Ukraine et fin des ambiguïtés poutiniennes, respect de l’État de droit, y compris en matière de dette et de finance, etc. Telles seraient les conditions d’une nouvelle union de la gauche, celles qu’un nouveau Mitterrand, à coup sûr, exigerait de la direction insoumise.
Une comparaison historique contestable
Mais on sait bien que tout cela est un mirage, que LFI ne veut en aucune manière faire la moindre concession, que Mélenchon ne veut pas unir la gauche mais la détruire pour la dominer et qu’il n’a aucune intention d’abandonner ses chimères bolivariennes pour les beaux yeux d’Olivier Faure ou de Ségolène Royal. Et donc que ceux qui se réfèrent à l’exemple de François Mitterrand pour soutenir leur stratégie mélenchonâtre n’ont rien compris au temps dans lequel ils vivent.
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