Editorial

La « mexicanisation » du pays est-elle en marche ? Les maires sont en première ligne, appellent au secours et l’urgence commande de mettre tout en œuvre pour les aider.

Le Figaro - 23 juillet 2026 - par Yves Thréard (*)

À Alès, Christophe Rivenq est un maire courageux. Depuis un an, il lutte pour que la DZ Mafia ne fasse pas main basse sur sa ville de 46 000 habitants. Contre lui, le gang criminel a multiplié les actes d’intimidation. Jusqu’à ce que le Raid soit obligé de l’exfiltrer, dans la nuit de lundi à mardi. Nous ne sommes pas en Amérique latine, mais la France entière va-t-elle bientôt vivre sous influence du narcotrafic ? La « mexicanisation » du pays est-elle en marche ? Des observateurs avisés le redoutent.

Après Marseille, Grenoble, la Seine-Saint-Denis et plusieurs agglomérations, la gangrène touche les sous-préfectures et les campagnes. Remparts de la République, les maires sont en première ligne. Beaucoup appellent au secours. L’urgence commande de mettre tout en œuvre pour les aider. Car les méthodes des narcotrafiquants sont connues. Celui qui refuse la corruption met sa vie et celle de ses proches en danger. C’est l’argent ou le plomb. Les cartels achètent aussi le silence des quartiers et des populations, en assurant des services sociaux ou en les intéressant à leur sinistre commerce.

No pasaran

Des dizaines de jeunes gamins sont déjà tombés dans ce piège, sans parler de familles entières mêlées à cette économie parallèle. Lors d’une audition devant le Sénat français, l’écrivain italien Roberto Saviano, grand expert du sujet, proposait cette comparaison : si l’on investit 1 000 euros en Bourse, on peut espérer un gain de 200 euros au bout d’un an, alors que la même somme investie sur le marché de la cocaïne rapportera, dans le même délai, plus de 180 000 euros ! La France est aujourd’hui le premier pays consommateur de cannabis d’Europe, et la vente de cocaïne y a progressé de 80 % l’an dernier. L’amende contre les consommateurs vient de passer de 200 à 500 euros. Certes, mais il faut aller plus loin.

Malheureusement, on attend encore que plus de la moitié des décrets d’application de la loi du 13 juin 2025 visant à lutter contre le narcotrafic soient adoptés ! Et, comme toujours, toutes les mesures prises sur ce terrain se heurtent à l’opposition d’une large partie de la gauche, dont l’angélisme et la démagogie restent confondants. Le maire d’Alès montre le chemin. No pasaran. La France ne peut pas capituler.

threard yves(*) Yves Thréard est Directeur adjoint de la rédaction