achida Dati, maire du 7e arrondissement et candidate malheureuse à la mairie de Paris, répond aux questions du Figaro dans sa mairie. François Bouchon / Le Figaro

Municipales à Paris

Après une campagne des municipales qu’elle juge « ni propre ni digne », l’ex-ministre, battue dimanche à Paris, dénonce « la division des forces du centre et de la droite » entretenue par Pierre-Yves Bournazel et Gabriel Attal.

Le Figaro - 25 mars 2026 - Par Emmanuel Galiero et Claire Conruyt

 

LE FIGARO. - Comment avez-vous vécu votre échec aux municipales à Paris ?

RACHIDA DATI. - Comme toute défaite, c’est un moment difficile, même si les habitants du 7e arrondissement m’ont fait l’honneur de me réélire dès le premier tour. La victoire était possible et je portais un projet de transformation pour Paris mûri depuis longtemps, grâce à notre expérience du terrain et les rencontres avec les Parisiens. Je pense aussi aux électeurs, aux colistiers, aux militants qui se sont investis dans cette campagne auprès de moi. Pour eux aussi, c’est un moment difficile. La politique est rude, mais c’est aussi un immense réservoir d’amitié. Je reçois quantité de soutiens. L’engagement politique, c’est un combat. Le premier pour moi a été de lutter contre les inégalités, les violences et les discriminations, et en particulier pour ceux dont la condition sociale ne leur donnait aucune chance d’accéder à des responsabilités. Mon parcours en témoigne. J’ai connu d’autres échecs et d’autres réussites. Ces combats-là ne s’arrêtent jamais. En réalité, je crains davantage la perte d’un équilibre familial qu’une bataille politique. Mes émotions se situent à ce niveau-là, et, quand ma fille me fait part de son inquiétude face à la dureté de la vie politique, je peux en effet être affectée. C’est la seule chose qui peut me perturber.

Avez-vous été surprise par l’ampleur de l’écart entre votre score et celui d’Emmanuel Grégoire ?

Comme au premier tour, aucun sondage n’avait anticipé cet écart. J’ai senti que la mobilisation de nos électeurs était forte. Mais la sociologie parisienne est ce qu’elle est : une ville majoritairement de gauche et nettement coupée entre l’Est et l’Ouest, où mon score s’est établi entre 57 % et 80 % des voix. Le projet d’Emmanuel Grégoire a recueilli 50,5 % des suffrages. Ce sont donc 49,5 % des électeurs qui souhaitaient le changement. L’écart entre son score et le mien ne doit pas faire oublier cette réalité. Et avec 61,6 % de participation, ce sont en réalité 30 % des électeurs parisiens qui ont validé la reconduction de la politique actuelle…

Paris méritait mieux qu’une campagne de rancœurs personnelles et d’affrontements.

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris

Comment expliquez-vous ce résultat ?

La division des forces du centre et de la droite a été mortifère. La candidature de Pierre-Yves Bournazel face à la mienne a entraîné une dispersion des voix et une confusion dans l’esprit des électeurs. Cela a été amplifié par la campagne de calomnie et de dénigrement dont j’ai fait l’objet. Paris méritait mieux qu’une campagne de rancœurs personnelles et d’affrontements, bien loin des priorités des Parisiens. J’ai toutefois souhaité cette alliance de second tour, également soutenue par Édouard Philippe, et elle aurait dû se concrétiser de manière positive comme cela se fait entre responsables politiques.

Ce qui n’a pas été le cas ?

Non, car, au lieu de cela, M. Bournazel a déclaré le soir même se retirer de la liste commune sur laquelle nous avions travaillé toute la journée et nous étions mis d’accord. Se désister ensuite, sans prévenir personne, c’est une basse manœuvre, une trahison, une rupture d’engagement. Je suis peut-être de la vieille école, mais ce n’est pas ma manière de faire de la politique. Placer des gens sur une liste et, en contrepartie, ne pas tenir ses engagements, c’est avoir un sens très limité de l’honneur et de ses responsabilités, c’est obéir à une logique de postes et pas d’union. Cela a coûté aux candidats qui étaient sur ma liste et qui me soutenaient depuis le début. Le vrai courage aurait été d’aller au bout de sa démarche et de ne pas fusionner, puisqu’il était libre de refuser : mais il lui aurait alors fallu assumer pleinement. Y compris auprès de ses colistiers, qui auraient obtenu beaucoup moins de sièges au Conseil de Paris.

Dès lors que Gabriel Attal n’a pas souhaité nous soutenir au premier tour, il a acté la division et en cela, il a accéléré le risque de l’échec.

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris

Quel a été le rôle de Gabriel Attal ?

Dès l’instant où Gabriel Attal n’a pas souhaité nous soutenir au premier tour, il a acté la division et, en cela, il a accéléré le risque de l’échec. Il n’a jamais souhaité construire une victoire à Paris. Une mécanique de l’échec s’est alors mise en place. Le rejet de la politique est un phénomène majeur et croissant chez nos concitoyens. Ce type d’attitude ne peut qu’entretenir cette aversion. Avec ma liste, nous avons fait un autre choix. Celui de l’alternance. Certes, nous n’avons pas gagné, mais nous sommes restés fidèles à nos convictions et nous avons tenu nos engagements. D’ailleurs, je remercie Sylvain Maillard et Benjamin Haddad, qui se sont battus à nos côtés.

Avez-vous échangé avec Sarah Knafo ?

Je l’ai appelée pour lui dire que l’alliance était impossible.

Quelles faiblesses personnelles êtes-vous prête à reconnaître ?

Je n’ai jamais reculé devant les responsabilités : j’ai évidemment une part de responsabilité dans cet échec. La stratégie de la gauche était claire : Emmanuel Grégoire a fait une campagne « contre » - et en premier lieu contre moi - et non pour un rassemblement autour de son programme. La présomption d’innocence a été constamment piétinée à mon encontre alors que je n’ai jamais été condamnée à rien. Imagine-t-on Robert Badinter se conduire ainsi ? Pour ma part, je n’ai évoqué qu’une seule affaire, très grave et qui concerne les Parisiens : celle de la pédocriminalité dans le périscolaire, sur laquelle Emmanuel Grégoire devra répondre. J’ai été caricaturée et salie sur mes origines, sur mon parcours ; traitée d’homophobe et même de raciste. Il faut oser, quand même ! Pas au détour d’une phrase, mais dans des visuels et des tracts distribués par le Parti socialiste et Les Écologistes partout dans Paris. Dans l’entre-deux-tours, Emmanuel Grégoire a fait croire que nous avions conclu une alliance avec l’extrême droite, dans une logique complotiste, afin de brandir contre le centre et la droite un front républicain factice. C’est inacceptable. Nous n’avons conclu aucune alliance avec personne, sauf avec la liste Horizons. Cette campagne n’a été ni propre ni digne.

Je reste au service des Parisiens et des Français.

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris

L’échec de la droite à Paris est-il irrémédiable ?

L’une des leçons de cette élection, c’est que la volonté de changement demeure très forte. La seule question est de savoir si, dans six ans, les Parisiens auront eu le sentiment d’avoir fait le bon choix. Personnellement, j’en doute fortement : la saleté, l’insécurité, la hausse de fiscalité, la dérive de la dette seront toujours au cœur des préoccupations et M. Grégoire n’y mettra pas fin. Il poursuivra, en revanche, l’augmentation des subventions clientélistes, des impôts, des taxes et la politique de réquisition et d’expropriation de logements privés.

Vous avez été huée devant votre permanence. Vous y attendiez-vous ?

Non, pas du tout. J’ai été extrêmement choquée par ce déchaînement de violence de la gauche. Le comportement des militants socialistes présents a été inacceptable, menaçant, violent dans les mots et dans les actes. La violence n’a pas sa place dans une campagne électorale. Si le résultat avait été en notre faveur, jamais la réciproque ne se serait produite. Cette normalisation de la violence dans le cadre d’une élection est un signal inquiétant en vue des prochaines échéances électorales.

Quels sont vos projets, désormais ?

Je reste au service des Parisiens et des Français.

La suite, ce sont les élections présidentielles. Penser qu’on peut se rassembler à la fin après s’être écharpés pendant des semaines, je n’y crois pas et je viens de le vivre.

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement de Paris

Certains évoquent votre nomination à la présidence du Château de Versailles...

Ce n’est pas dans l’actualité. Emmanuel Macron ne m’a rien proposé.

Et quid de votre ambition pour Paris ?

Mon ambition pour la capitale se prolonge en tant que coprésidente du groupe d’opposition au Conseil de Paris. Elle ne faiblit pas, au contraire, et je compte bien y défendre les idées que nous avons portées.

LR s’est réuni mardi soir pour préparer la suite…

La suite, c’est la présidentielle. Il faut éviter à tout prix la division. Penser qu’on peut se rassembler à la fin après s’être écharpés pendant des semaines, je n’y crois pas, et je viens de le vivre. Des enjeux pèsent sur notre pays dans un monde terriblement incertain. Il y a les problèmes récurrents que nous ne parvenons pas à traiter : le pouvoir d’achat, les flux migratoires, les finances publiques, le déclassement. Mais aussi les sujets de long terme sur lesquels les partis sont dépourvus de toute imagination, faute de travail. C’est parce que nous ne répondons pas à ces inquiétudes que les électeurs se réfugient dans le vote radicalisé. Enfin, il faut cesser de vouloir plaire à tout le monde.