Politique
Le parti de Jean-Luc Mélenchon « a érigé la violence politique et l’antisémitisme en stratégie électorale », accuse la nouvelle ministre déléguée à l’Énergie, toujours partisane d’une ligne « ni RN, ni LFI » après la nouvelle polémique provoquée par le dirigeant Insoumis.
Le Figaro - 28 février 2026 - Par Loris Boichot
Porte-parole du gouvernement et nouvelle ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon (Renaissance) juge que Jean-Luc Mélenchon « mène » une « cabale contre la République », mais elle « refuse de hiérarchiser » les « périls » que représentent, selon elle, La France insoumise (LFI) et le Rassemblement national (RN).
LE FIGARO. - Accusations d’antisémitisme ; liens avec des antifascistes soupçonnés d’être impliqués dans la mort du militant nationaliste Quentin Deranque ; attaques anti-médias… LFI est sous le feu des critiques. Est-elle un interlocuteur comme les autres pour le gouvernement ?
MAUD BREGEON. - LFI n’a jamais voulu l’être. Le gouvernement respecte tous les élus de la République, mais chacun sait où nous nous situons vis-à-vis d’eux. Les dérives antisémites sont désormais assumées au grand jour. La filiation avec des groupuscules violents, comme la Jeune Garde, aussi : Jean-Luc Mélenchon persiste malgré le drame de Lyon à qualifier ses membres de « camarades », d’« alliés » et de « frères ».
LFI porte une responsabilité morale évidente dans ce climat de violence. Enfin, son rapport à la presse et aux journalistes, qualifiés d’« agents » et de « nazis aux petits pieds » cette semaine par Sophia Chikirou, relève d’une vision totalitaire et complotiste. LFI a érigé la violence politique et l’antisémitisme en stratégie électorale.
Jean-Luc Mélenchon se défend de tout antisémitisme et de toute responsabilité après la mort de Quentin Deranque. Il a contesté le classement de son parti à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur, dont la décision a été confirmée par le Conseil d’État. Est-il victime d’une « cabale médiatique », comme il le dit ?
Jean-Luc Mélenchon mène lui-même une cabale contre la République et contre nos institutions démocratiques. En la matière, il est multirécidiviste. En s’attaquant à la liberté éditoriale des journalistes, LFI s’en prend aux fondamentaux de notre République. En brutalisant les débats à l’Assemblée nationale, ils suivent une stratégie d’affaiblissement et de décrédibilisation volontaire des institutions.
LFI est-il devenu un parti plus dangereux à vos yeux que le RN ?
Je ne hiérarchise pas ces périls. LFI comme le RN recherchent ce face-à-face. Chaque extrême alimente l’autre. Il y a chez Jean-Luc Mélenchon une sorte de fantasme d’un second tour face au RN. Comme si ce scénario venait pour lui légitimer l’organisation d’une forme de sédition.
Le vice-président d’Horizons et candidat à sa succession à Nice, Christian Estrosi, est allé jusqu’à estimer que le « débat » de la dissolution de LFI « doit se poser ». Qu’en pensez-vous ?
En démocratie, on ne procède pas à la dissolution par décret de partis politiques. Les procédures de dissolution visent des groupuscules précis et reposent d’abord sur le droit tel que défini dans le code de la sécurité intérieure. Le combat, nous le menons sur le terrain politique : il faut dissoudre LFI par les urnes.
Fallait-il, alors, appeler à voter pour LFI face au RN, comme l’a fait une partie de votre camp lors des législatives de 2024 ?
Chacun sait que ça n’a jamais été ma position. Je l’ai dit avec constance, en défendant une ligne « ni RN-ni LFI ». Ensuite, les électeurs ont fait leur choix. Personne n’a forcé personne à voter dans un sens ou dans un autre. Il faut désormais avancer : toutes les forces politiques doivent tirer les conclusions de ce qu’est devenu Jean-Luc Mélenchon au fil des années. C’est aujourd’hui très largement partagé au sein de notre famille politique.
Je m’adresse aussi, humblement, aux 2,5 millions d’électeurs de LFI aux européennes de 2024 qui, par voie de conséquence, ont élu Rima Hassan. On a tous une responsabilité quand on met un bulletin LFI dans l’urne. Notre objectif, à présent, c’est de convaincre les électeurs, projet contre projet. C’est ce que nous faisons avec le premier ministre Sébastien Lecornu, qui a toujours été intraitable face aux outrances d’où qu’elles viennent.
Les polémiques entourant LFI font-elles bouger les lignes dans votre parti ?
Nous n’avons jamais eu de connivence avec LFI, ni sur les projets, ni sur les valeurs. Les récentes polémiques ont surtout confirmé ce que nous savions déjà.
Mon objectif est clair : éviter un duel mortifère entre LFI et le RN lors de la prochaine élection présidentielle.
Maud Bregeon
Ces tollés favorisent-ils la « dédiabolisation » du RN, comme le craint un pan de la gauche et de la macronie ?
À force de cris et de polémiques indignes, LFI a détourné le regard des Français. Le RN n’en est pas pour autant devenu plus acceptable sur le fond. Je suis convaincue qu’une majorité de nos compatriotes refusent de céder au populisme et au communautarisme, d’où qu’ils viennent. Notre devoir, c’est de leur proposer une alternative. C’est un impératif qui s’impose à tous les responsables du centre et de la droite. L’union n’est pas une exigence tactique, mais un devoir d’intérêt national. Mon objectif est clair : éviter un duel mortifère entre LFI et le RN lors de la prochaine élection présidentielle.
Aux municipales, votre position « ni RN-ni LFI » s’applique-t-elle aux têtes de liste, ou aussi aux colistiers ?
Cette ligne s’applique à la liste. C’est une élection de liste, un scrutin collectif dans lequel chacun compte. C’est donc aux candidats têtes de liste de clarifier leur ligne. Comme l’ont dit le président de la République et le premier ministre : à chacun de faire le ménage dans ses rangs.
Vous êtes ministre chargée de l’Énergie depuis jeudi. Deux motions de censure de LFI et du RN, opposés à votre politique énergétique, ont été rejetées mercredi. Avez-vous les mains libres ?
L’urgence, c’est de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles, en développant le nucléaire, les énergies renouvelables, et en accélérant l’électrification dans l’industrie comme pour les particuliers. C’est ce que nous ferons main dans la main avec Roland Lescure (le ministre de l’Économie, NDLR). Lorsqu’on est patriote, on ne se résout pas à être dépendant du gaz algérien ou du GNL (gaz naturel liquéfié) américain.
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