Valérie Pécresse. Le Figaro

Présidentielle

Préparation tardive, piège du vote utile... la présidente de la Région Île-de-France tire les leçons de son échec de 2022. Pour elle, une seule conclusion s’impose à l’approche de 2027 : face au risque d’un duel LFI-RN, les ambitions personnelles doivent céder devant l’impératif d’une candidature unique.

Le Figaro - 4 mai 2026 - Par Valérie Pecresse

En 2022, j’ai tenté le combat présidentiel. Je n’ai pas atteint le second tour. Mais cette expérience m’a enseigné des leçons que je veux partager, non par amertume, mais parce qu’elles valent pour tous ceux qui, à droite et au centre, rêvent encore de conquérir l’Élysée en 2027.

1. Rien ne sert de courir, il faut partir à point

Une candidature présidentielle ne s’improvise pas en trois mois. Tournées internationales pour asseoir une crédibilité diplomatique, déplacements en France pour ancrer un projet dans les réalités du terrain, construction d’un corpus d’idées cohérent, rassemblement d’un camp : tout cela prend du temps, beaucoup de temps. Quiconque pense pouvoir boucler ce chemin en quelques semaines se condamne à l’échec avant même d’avoir commencé.

2. Un projet de rupture, pas de replâtrage

La France va dans le mur de la dette parce qu’elle n’a pas su se transformer radicalement. Ce pays a besoin d’un État fort, mais recentré sur ses missions essentielles qu’il exerce si mal : la sécurité, la justice La Défense, la protection des frontières avec une immigration choisie et non subie — par quotas selon les pays et les métiers. En face, une République des régions récupérant toutes les compétences du quotidien : transport, formation, logement, transition écologique, éducation, santé, développement économique et agricole. Avec une règle d’or absolue : zéro déficit, et le pouvoir de dénormer. Personne ne gagnera avec un programme recyclé des élections précédentes mais avec un vrai programme de transformation.

3. L’international peut tout occulter

En 2027, la situation géopolitique mondiale pourrait balayer en quelques jours des mois de campagne nationale. Une crise en Ukraine, une escalade des conflits au Moyen-Orient, une onde de choc économique venue d’outre-Atlantique, une nouvelle pandémie : les thèmes nationaux disparaissent instantanément de l’agenda médiatique. Il faut donc installer très vite, dès le départ de campagne, les sujets de fond et la crédibilité du projet sur la scène internationale. Un candidat sans stature internationale est un candidat fragile.

4. Le vote utile, piège mortel

La dernière semaine de campagne sera marquée par deux phénomènes conjugués et dévastateurs : la montée du vote d’extrême droite — toujours sous-estimée dans les sondages — et la divulgation des résultats du vote des Outre-mer, massivement acquis à LFI. Ces deux signaux déclencheront chez une partie des électeurs une peur panique d’un second tour RN/LFI. En quête d’un candidat « second-tourisable », ils siphonneront en quelques heures les voix de tous les autres, condamnant les projets alternatifs à l’insignifiance. Ce mécanisme est prévisible. Il faut s’y préparer et le déjouer.

"La droite et le centre droit anti-RN ne gagneront qu’unis, derrière un candidat unique portant un projet de rupture assumé, audacieux et crédible"

5. Le morcellement des candidatures, suicide collectif

Jospin éliminé en 2002 à cause de Chevènement et Taubira. Fillon défait en 2017 par la présence de Dupont-Aignan. Moi-même confrontée à la candidature Zemmour en 2022. La multiplication des candidats hors RN et LFI n’est jamais une richesse démocratique : c’est une source d’affaiblissement systématique qui rend les projets inaudibles et peut aboutir à ce fameux second tour LFI/RN, évité deux fois de justesse. Chaque candidature supplémentaire dans cet espace est un cadeau offert aux extrêmes.

6. N’attendez l’adoubement de personne

Le candidat de la droite en 2027 devra l’apprendre vite : aucun prétendant issu de cette famille politique ne trouvera grâce aux yeux de son fondateur. Ce fut vrai en 2022, ce le sera encore. Il ne devra pas davantage compter sur un soutien unanime de sa famille politique : trop d’égos puissants nourrissent encore leur propre rêve présidentiel pour qu’un candidat puisse s’appuyer solidement sur eux. La solitude du candidat est une réalité qu’il faut accepter et transformer en force.

7. Méfiez-vous des influences étrangères et des fake news

Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille où se jouent des intérêts qui dépassent largement nos frontières. Les chaînes de télévision reprennent systématiquement les buzz algorithmiques, alimentés par des logiques que nous ne maîtrisons pas. Les fake news circulent sept fois plus vite que les vraies informations. Et certains candidats — à LFI, surtout au RN — bénéficient du soutien discret mais réel de puissances étrangères qui ont tout intérêt à voir la France affaiblie, divisée, ingouvernable. Ce n’est pas une théorie du complot : c’est une réalité documentée que le prochain candidat devra nommer et affronter.

La seule conclusion qui vaille : un candidat unique

Ces sept leçons convergent vers une seule évidence. La droite et le centre droit anti-RN ne gagneront qu’unis, derrière un candidat unique portant un projet de rupture assumé, audacieux et crédible. Un candidat qui parte tôt, qui installe ses thèmes sans attendre, qui résiste au vote utile en étant lui-même « second-tourisable », qui ne se disperse pas face aux candidatures satellites, qui ne compte sur personne d’autre que lui-même pour fédérer, et qui regarde les fake news et les ingérences étrangères en face sans trembler.

Toutes les ambitions personnelles, toutes les querelles d’appareils, tous les calculs de positionnement doivent s’effacer devant cet impératif démocratique. Les forces centrifuges qui, élection après élection, fractionnent le vote républicain et livrent le terrain aux extrêmes, doivent enfin se taire. Non par discipline de parti, mais par lucidité sur ce que le pays risque si elles ne le font pas.