La France et la Suède ont réuni, le 23 avril à Paris, leur premier groupe de pilotage nucléaire, sous la présidence conjointe de l'Elysée et du cabinet du Premier ministre suédois. (Photo AFP)

Défense

La relation bilatérale de défense entre Paris et Stockholm, première capitale à avoir répondu à la proposition française de dissuasion avancée, a changé d'échelle, explique aux « Echos » l'ambassadeur de France en Suède. Mais Airbus courtise également le pays.

Les Echos - 10 juin 2026 - Par Anne Drif

Exit Berlin. Pleins feux sur le Nord. Au classement des meilleurs partenaires potentiels pour le futur SCAF teinté tricolore après le divorce franco-allemand, Stockholm arrive en tête à Paris. « Notre alliance change d'échelle, souligne auprès des 'Echos' Thierry Carlier, ambassadeur de France dans le pays et numéro deux de la Direction générale pour l'armement (DGA) jusqu'au printemps 2025. La Suède est un partenaire majeur en Europe du Nord. Nous partageons les facteurs de synergie, d'industrie autonome et la même vision géostratégique. »

Stockholm est la première capitale à avoir répondu à la proposition française de dissuasion nucléaire avancée, portée par les Rafale dans sa composante aérienne. La France et la Suède ont réuni, le 23 avril à Paris, leur premier groupe de pilotage nucléaire, sous la présidence conjointe de l'Elysée et du cabinet du Premier ministre suédois.

Entre Saab et Dassault, un respect réciproque

La Suède et la France partagent aussi les mêmes retours d'expérience sur les deux projets XXL d'avions de combat du futur. Berlin a acté la mort du SCAF franco-allemand, et Stockholm s'est, de son côté, retiré du projet britannique Tempest en 2023. Si les dissensions entre Dassault et Airbus ont précipité le crash de l'alliance franco-allemande, une tout autre relation s'est tissée au fil des décennies entre l'avionneur français et le fleuron suédois Saab.

« Il existe une reconnaissance mutuelle forte entre Dassault et Saab, de longue date », observe l'ambassadeur. Même si les deux histoires sont différentes, Saab est né, comme Dassault en France, de la volonté d'un pays de défendre sa neutralité. Ce sont les deux seuls industriels qui ont la capacité de développer un avion de combat en Europe. De plus, « le Rafale et le Gripen sont deux avions complémentaires, qui ne s'opposent pas », observe celui qui fut chargé du développement international de la DGA. Les deux aéronefs se sont toutefois déjà affrontés lors d'appels d'offres à l'étranger.

« Cela crée un ADN commun, un respect fort et une compétence partagée. Nous pouvons regarder ensemble les pistes de convergence sur une vision commune de l'avion de combat du futur », ajoute Thierry Carlier, bien qu'il n'y ait pas de discussions formelles engagées à cette heure.

Les Suédois sont des gens avec qui on peut très bien s'entendre.

Eric Trappier, dirigeant de Dassault Aviation

Saab a participé au programme de démonstrateur de drone de combat Neuron piloté par Dassault, chargé de la conception du fuselage principal, des trappes de train, de l'avionique et du système carburant.

Eric Trappier, lui-même peu connu pour tresser des lauriers à qui que ce soit, ne tarit pas d'éloges. « On a un profond respect pour Saab, qui fait des avions, qui les conçoit, qui les fabrique. On a eu une excellente coopération, déclarait le patron de Dassault en 2024. S'il faut travailler avec eux, on le fera avec grand plaisir, avait-il indiqué lors de projets de coopération pour le remplacement d'Awacs américains. C'est vrai pour tout autre sujet, les Suédois sont des gens avec qui on peut très bien s'entendre. »

Il y a trois semaines encore, quand la tension avec Airbus était à son comble, Eric Trappier citait la grande famille des Wallenberg, actionnaires de Saab, avec qui les relations étaient très bonnes, comme des intermédiaires sur le SCAF, selon SLDInfo.

Airbus regarde aussi vers Stockholm

Fin mai, la commande historique de quatre frégates par Stockholm pour près de 4 milliards d'euros auprès de Naval Group, en vue de renforcer ses défenses en mer Baltique et en mer du Nord face à la menace russe, a consolidé les liens. Après les missiles Akeron de MBDA achetés par la Suède, les missiles antichars NLAW coproduits par Saab et Thales, de même que les AT4 de Saab et les avions GlobalEye achetés par l'armée française, les achats croisés renforcent encore les liens jusqu'au sein des unités elles-mêmes.

Le ministre de la Défense suédois, Pal Jonson, n'a pas caché que l'achat de frégates permettrait de « nouer des relations plus étroites avec la France sur le long terme et [d'ouvrir] la voie au développement de collaborations dans de nombreux domaines ».

Côté chasseurs aériens, « comme nous, la Suède entre dans l'ère de combat connecté. A l'horizon 2040, ils entendent passer à la sixième génération », souligne l'ambassadeur. A sa sortie du programme britannique, Stockholm s'est donné une nouvelle feuille de route, mais sans s'enfermer dans un calendrier et en gardant le maximum d'options ouvertes. Saab se mettrait en position de faire voler un démonstrateur dès 2027.

Et si le projet britannique battait de l'aile

Ce potentiel partenaire n'a pas échappé à Airbus non plus, ni aux politiques allemands qui s'enthousiasmaient mardi de trouver de nouveaux alliés européens, des Suédois aux Britanniques. Dans la foulée du contrat français signé sur les frégates, Michael Schöllhorn, le patron d'Airbus Defence & Space, indiquait dans « Dagens Industri » que l'Allemagne et la Suède avaient engagé des discussions sur un futur avion de combat. « Ce sont des discussions productives mais confidentielles », glissait-il.

Avec Saab une coopération a été lancée sur les drones, mais sans qu'à ce stade des démonstrations concrètes aient été a priori mises en avant. Saab a déclaré de son côté que toute coopération relèverait d'une décision politique. « Cela dit […], nous sommes ouverts à une collaboration avec de nombreux acteurs de l'industrie de la défense », a ajouté un porte-parole.

A Paris, on regarde également de près le devenir du projet britannique du GCAP. La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, et son homologue britannique, Keir Starmer, doivent se rencontrer à Londres dimanche. Rome, qui y participe, observe aussi de très près la nouvelle tectonique des plaques qui est en train de se dessiner.

Anne Drif