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Le président du groupe April et instigateur du mouvement « Trop c’est trop » se met dans la peau du futur locataire de l’Elysée et liste ses premières décisions.
l'Opinion - 19 juillet 2026 - Par Eric Maury
Moi, président, ma première décision serait de déclarer l’état d’urgence de la compétitivité française.
Pour un premier Conseil des ministres, on a connu plus festif. La France n’est pas au fond du gouffre. Elle a des atouts extraordinaires. Mais elle décroche. Comme nous avons déjà essayé de ne pas le voir puis de l’expliquer, je propose une idée disruptive : regarder le réel. Toute décision publique devrait répondre à une question : cela aide-t-il la France à produire, travailler, innover et grandir ? Si oui, on y va. Sinon, on arrête ou on ajuste.
Nous avons construit une formidable machine à redistribuer. Tant mieux. Je suis fier d’un pays qui protège les plus fragiles. Mais il existe une règle que même le Conseil d’Etat, le Parlement et trois décrets d’application ne peuvent modifier : on ne redistribue durablement que ce que l’on produit. Même en France. Quand la machine à produire ralentit, la suite est connue. On prélève. On réglemente. On crée une norme. Puis un formulaire pour expliquer la norme. Puis une plateforme numérique pour déposer le formulaire. La plateforme ne fonctionne pas. On organise les Assises de l’immobilisme. Trop, c’est trop.
Ce n’est pas un mouvement de gens en colère qui veulent renverser les tables. D’abord parce qu’il faudrait ensuite remplir un Cerfa pour les remettre debout. Mon engagement dans « Trop c’est trop » est né de mon amour de la France et de mon refus de la résignation face à son décrochage.
La vraie justice ? Permettre à chacun de s’élever par la méritocratie.
Moi, président, mon premier déplacement serait dans une école de la République. Si nous voulons parler d’égalité, parlons sérieusement. Nous redistribuons énormément pour corriger les inégalités installées. C’est utile. Mais la vraie justice consiste d’abord à permettre à chacun de s’élever. Je crois au mérite. Rien ne m’enthousiasme plus que de voir quelqu’un se découvrir capable de plus qu’il ne l’imaginait. L’école devrait faire cette promesse à chaque enfant de France.
Je voudrais une France où l’effort a un sens, où réussir n’exige pas d’excuses et où l’entreprise n’est pas une activité suspecte, tolérée parce qu’elle paie des impôts. La France doit rester solidaire. Mais elle doit redevenir un grand pays de production.
L’intelligence artificielle est une opportunité majeure. Probablement le plus formidable levier de productivité depuis des décennies. Chaque entreprise et chaque administration doit s’en saisir. Pas demain. Maintenant.
Cela suppose un nouveau contrat social fondé sur l’employabilité. Le rôle d’une entreprise n’est pas de garantir que chaque métier restera éternellement le même, mais de donner à chacun les moyens d’évoluer, d’apprendre et de rester acteur du progrès. Et si l’IA crée les gains de productivité attendus, ils ne pourront bénéficier aux seuls actionnaires. Les salariés devront en recevoir leur part : par les salaires, l’intéressement, la participation ou le partage du capital. L’entreprise a aussi sa part du contrat.
Un Etat fort là où il doit être fort et qui sache faire confiance.
Moi, président, mon premier geste serait pour ceux qui servent l’Etat. J’irais voir des fonctionnaires. Pas pour leur expliquer qu’ils sont le problème. Je leur dirais : nous allons réparer la machine avec vous. Nos fonctionnaires ne se lèvent pas le matin en se demandant comment compliquer la vie des Français. Ils sont souvent les premières victimes d’une organisation illisible, contradictoire et parfois absurde.
Moi, président, je voudrais un Etat fort là où il doit être fort. Fort face à ceux qui défient la République, empoisonnent notre vie quotidienne et prennent notre tolérance pour de la faiblesse. Sur ce sujet, je crains d’être assez peu ludique. Fort pour protéger l’école, la sécurité, la justice et notre souveraineté. Ailleurs, un Etat qui sache faire confiance.
Il manque à la France plus qu’une réforme fiscale, un plan d’économies ou, soyons fous, une nouvelle convention citoyenne. Il lui manque une vision. On ne mobilise pas un pays en lui expliquant seulement ce qui va mal. Sinon, le journal télévisé de 20 heures aurait déjà sauvé la France. Il faut dire où aller. Donner envie. C’est aussi pour cela que « Trop, c’est trop » existe. Non pour ajouter une colère à toutes les colères. Le marché est déjà assez encombré et la concurrence féroce. Mais pour transformer l’exaspération en énergie. Pour réunir ceux qui refusent le déclin tranquille autant que les promesses impossibles.
Moi Président, je ne promettrais pas une France facile. Je proposerais une France exigeante, joyeuse, ambitieuse, qui retrouve le goût de produire, d’inventer, de transmettre, de protéger et de libérer. Car je crois à un avenir radieux pour la France.
Et enfin, moi, Eric Maumy, je n’ai pas vocation à être Président, sinon de mon entreprise, ni à incarner seul un mouvement porté par des milliers de chefs d’entreprise. Et encore moins à faire de la politique. « Trop, c’est trop » appartient à celles et ceux qui refusent le déclin et ont décidé de faire entendre leur voix. Mon rôle est d’initier et de fédérer. C’est mon seul mandat.
Eric Maumy, est président d’April et initiateur du mouvement « Trop c’est trop »
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