Gabriel Attal au siège du parti Renaissance, à Paris, le 22 juillet. © Anthony Quittot

Entretien

Administration, justice, immigration : le candidat à l’élection présidentielle dévoile ses propositions pour refonder la « maison France » du sol au plafond. L’ancien Premier ministre souhaite consulter le peuple chaque année lors d’une journée référendaire.

Le JDD - 1er août 2026 - Propos recueillis par Victor-Isaac Anne

Le JDD. Quel regard portez-vous sur l’afflux de migrants à Ceuta ces derniers jours ?

Gabriel Attal. J’ai fait des frontières un des quatre chantiers capitaux de ma campagne, et ce qui se passe à Ceuta nous rappelle l’urgence d’agir. Là-bas, ce sont nos frontières et notre autorité qui sont mises à l’épreuve et un drame humanitaire qui se joue. Chaque pays doit pouvoir mieux contrôler ses frontières, expulser plus facilement, évidemment.

Mais c’est au niveau européen que les choses se jouent vraiment et vont se jouer de plus en plus. Le pacte asile et migration, auquel la droite et l’extrême droite se sont opposés, nous donne des premiers moyens pour agir : il doit être mis en place rapidement et Frontex être renforcé. Je veux aussi réformer les règles de Schengen : les pays doivent pouvoir refouler des personnes en situation irrégulière à leurs frontières et un pays ne devrait pas décider unilatéralement de régularisations massives impactant ses voisins.

Alors que les incendies continuent de faire rage, certains vous reprochent d’avoir réduit le budget de la sécurité civile lorsque vous étiez Premier ministre et annulé la commande de deux Canadair. Que leur répondez-vous ?

Qu’ils racontent n’importe quoi. La France insoumise fait du Trump bas de gamme. D’abord, plutôt que de polémiquer, il faut remercier tous ceux qui sont mobilisés sur le terrain. Je veux avoir une pensée pour eux, et notamment pour les blessés ou ceux qui y ont perdu la vie. Je veux aussi souligner le travail remarquable de Laurent Nuñez qui gère ces crises avec sang-froid et efficacité. Ensuite, l’année où j’étais Premier ministre, nous avons lancé avec Gérald Darmanin le Beauvau de la sécurité civile et le budget de la sécurité civile a augmenté de 288 millions d’euros, contre l’avis de La France insoumise qui a voté contre. J’ai lancé la commande de deux Canadair : une première depuis vingt ans. Ils seront livrés en 2028 et deux autres Canadair ont été commandés depuis. J’ai également lancé la commande de 36 hélicoptères bombardiers d’eau : LFI avait voté contre leur commande ! Tout cela n’est rien d’autre qu’une diversion pour tenter de faire oublier qu’ils ont toujours voté contre les pompiers. On savait qu’ils voulaient désarmer les policiers, Jean-Luc Mélenchon veut aussi désarmer les pompiers.

La canicule et les incendies rappellent l’urgence climatique. Pourtant, l’écologie ne figure pas parmi vos quatre chantiers prioritaires. Pourquoi ?

Parce qu’elle est déjà intégrée à mon projet. Je présente quatre grands chantiers, mais aussi deux dettes que nous devons résorber : la dette publique et la dette écologique. Sur ce sujet, j’ai un cap clair. Pour moi, ce cap, ce sont les accords de Paris. Notre responsabilité est de respecter la trajectoire de réduction des émissions de CO₂ qu’ils fixent. Cela suppose de poursuivre la décarbonation de notre économie, notamment dans l’industrie et les transports. Je présenterai des propositions pour accélérer le développement des véhicules électriques, accompagner la décarbonation industrielle et réduire durablement nos émissions.

Comme chaque été, les installations illicites de campements de gens du voyage se multiplient. N’y a-t-il pas une forme d’opportunisme politique à vous saisir aujourd’hui de ce sujet ?

Il y a surtout une urgence à agir ! Année après année, les installations sauvages et illégales des gens du voyage gâchent la vie des maires et des Français. La loi est bafouée, c’est inacceptable et je vais y mettre fin. Je serai dès cette semaine auprès d’élus et de Français concernés par ces phénomènes pour présenter des propositions très fortes sur le sujet. Ils méritent le soutien sans faille de l’État. Il y en a marre.

Malgré une forte présence sur le terrain depuis le début de l’été, votre candidature peine à décoller. Comment l’expliquez-vous ?

Au contraire, ma campagne est en nette dynamique. Je le ressens sur le terrain en échangeant avec les Français. Et dans tous les sondages réalisés depuis mon lancement, je progresse par rapport à ceux qui l’ont précédé.

« Je veux que la France fonce à 140, pas qu’elle roule à 80 »

Le dernier sondage en date, par exemple, me place trois points derrière Édouard Philippe, contre dix avant mon annonce de candidature : c’est dans la marge d’erreur. Encore en fin de semaine, un baromètre nous plaçait à égalité. Nous sommes encore à un peu moins d’un an de l’élection, tout va bouger.

Peut-on, comme vous le faites, jouer la carte du renouvellement générationnel après avoir été ministre pendant six ans ?

Je le crois. J’assume mon bilan : je suis comptable de ce que j’ai fait, ou pas fait, dans chacune des fonctions qui m’ont été confiées au moment où elles m’ont été confiées. J’assume aussi d’être le seul candidat qui ne soit pas en politique depuis plusieurs décennies. Je crois aussi être le seul à vouloir changer le système en profondeur. Ce n’est pas simplement un vœu pieux mais une conviction forgée par mon expérience du pouvoir. Cette expérience m’a permis de toucher du doigt les limites du système actuel : je les ai vues de l’intérieur. Je suis donc très au clair sur la rupture profonde qu’il faut pour notre pays, je serai donc prêt, dès le premier jour de mon mandat, à la mettre en œuvre. Je veux renverser la table.

https://resize-lejdd.lanmedia.fr/f/webp/r/562 ,,forcex/img/var/jdd/public/media/image/2026/08/01/19/gabriel-attal-000_c37c4ck-c-sebastien-salom-gomis-_-afp_master.jpg?VersionId=TgNXqbm_On51wbPlxvzACQiaN5vm__B1 2x" /> https://resize-lejdd.lanmedia.fr/f/webp/r/840 ,,forcex/img/var/jdd/public/media/image/2026/08/01/19/gabriel-attal-000_c37c4ck-c-sebastien-salom-gomis-_-afp_master.jpg?VersionId=TgNXqbm_On51wbPlxvzACQiaN5vm__B1 2x" /> https://resize-lejdd.lanmedia.fr/f/webp/r/948 ,,forcex/img/var/jdd/public/media/image/2026/08/01/19/gabriel-attal-000_c37c4ck-c-sebastien-salom-gomis-_-afp_master.jpg?VersionId=TgNXqbm_On51wbPlxvzACQiaN5vm__B1 2x" /> https://resize-lejdd.lanmedia.fr/f/webp/r/1128 ,,forcex/img/var/jdd/public/media/image/2026/08/01/19/gabriel-attal-000_c37c4ck-c-sebastien-salom-gomis-_-afp_master.jpg?VersionId=TgNXqbm_On51wbPlxvzACQiaN5vm__B1 2x" /> À Vannes le week-end dernier, le candidat de 37 ans achevait un déplacement de trois jours en Bretagne. À Vannes le week-end dernier, le candidat de 37 ans achevait un déplacement de trois jours en Bretagne. © AFP

Certains craignent que la campagne ne tourne à la foire d’empoigne au sein du socle commun, au risque de compromettre le rassemblement derrière un seul candidat…

Le principal risque serait plutôt qu’il n’y ait pas de vrai débat ni de vraie campagne. Les Français n’attendent pas une coalition d’appareils ou de personnes dont le seul projet serait de « faire barrage aux extrêmes ». Ils en ont marre de faire barrage et veulent élire un président pour bâtir. Moi, je veux convaincre sur le fond. C’est comme cela que nous éviterons un second tour RN-LFI l’année prochaine.

Qu’est-ce qui vous distingue fondamentalement d’Édouard Philippe ?

J’ai un grand respect pour Édouard Philippe, nous avons fait partie de la même majorité entre 2017 et 2024. Et dans cette campagne, plutôt que de parler de mes compétiteurs, je vais parler de ce que je veux porter. C’est comme cela que les Français mesureront les différences entre nous. D’abord, j’ai décidé de baser ma campagne sur l’optimisme. Je pense que nous avons toutes les cartes en main pour réussir et que la France a encore ses plus belles pages à écrire. À condition de faire de vrais choix l’année prochaine. Je laisse à d’autres le sang et les larmes, moi je m’engage avec optimisme et énergie. Je veux remettre la France en mouvement. Ensuite, mon projet repose sur un constat simple : en 2027, il faudra tout changer.

Je sais que si beaucoup de Français sont à bout, c’est parce que nous arrivons au bout d’un système. Ce système, bâti en 1945 pour la protection sociale ou en 1958 pour nos institutions, je veux le changer, pas seulement faire des ajustements de paramètres. Un projet qui se résumerait à passer l’âge de la retraite à 66 ou 67 ans et à faire un peu plus de décrets ne convaincra jamais les Français. Car ce dont la France a besoin, c’est de changer radicalement notre modèle social, nos institutions, notre organisation régalienne, notre école. Dans un monde qui accélère, on doit accélérer aussi. Certains veulent faire rouler la France à 50 km/h, d’autres à 80. Moi, je veux qu’elle fonce à 140. Sinon, nous serons durablement dépassés. La Chine et les États-Unis ne nous attendent pas sur l’aire d’autoroute.

Que se passerait-il si, en janvier, Édouard Philippe et vous étiez au coude-à-coude ?

C’est précisément pour anticiper cette hypothèse que j’ai proposé une méthode. J’ai souhaité la création d’un comité de liaison entre nos formations politiques afin qu’elles échangent régulièrement et bâtissent la méthode de rassemblement. Il y a un consensus pour mesurer la dynamique via les sondages en début d’année 2027. Si nous étions au coude-à-coude dans les sondages, j’ai proposé qu’un vote de départage puisse être organisé. À ce stade, cette idée ne semble pas partagée par Édouard Philippe et Horizons.

Vous refusez de vous définir comme un homme de droite ou de gauche. Comment éviter le piège du nouveau « en même temps » ?

Je ne crois plus au « en même temps ». Sur les questions d’autorité et de sécurité notamment, cette approche a montré ses limites. Je crois au dépassement politique avec une ligne claire et des choix assumés. Le retour de la guerre en Europe, la révolution de l’intelligence artificielle, l’accélération du dérèglement climatique ou encore le retour du protectionnisme rendent le clivage gauche-droite obsolète. Aujourd’hui, on le voit à l’Assemblée, le clivage gauche-droite produit davantage de divisions que de solutions. C’est pour cela que contrairement à d’autres, je ne pense pas que l’urgence soit de refaire l’UMP d’il y a vingt ans avec ceux d’il y a vingt ans. Je crois que c’est trop étroit pour gagner et trop étroit pour gouverner. Le sujet n’est plus seulement de savoir qui gouverne. Le sujet est de savoir si notre pays est encore gouvernable. Ma priorité, c’est de rendre la France gouvernable à nouveau. Pour cela, il faut des convictions, de la détermination et la volonté de faire. C’est pour cela que je demanderai aux Français une majorité claire. Les alternances sans majorité, les compromis permanents et les blocages institutionnels ont montré leurs limites. Je veux une majorité pour transformer le pays, et j’accepterai d’être jugé sur les résultats.

Vous travaillez à une grande réforme institutionnelle. Que contiendrait-elle ?

Quand il faut cinq, six ou sept ans de procédures à un entrepreneur pour bâtir une usine ou à un maire pour construire une école ou une ligne de transport, quand une peine prononcée est rarement exécutée, c’est que le système est à bout de souffle. Il y a une part de bilan positif des dix dernières années, par exemple sur la baisse du chômage ou notre réarmement militaire. Mais les Français nous disent : pourquoi vous n’avez pas renversé la table ? Pour moi la réponse est simple : le renoncement dès 2018 à la mère des réformes, celle de nos institutions. Le cadre est resté le même, alors malgré tous les efforts déployés, notre pays souffre toujours de trois grands maux.

« Je veux donc soumettre aux Français, après l’élection, la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958 »

D’abord, une forme d’impunité face à ceux qui sèment le désordre et affaiblissent ainsi l’autorité de l’État. Ensuite, une lenteur qui donne le sentiment que notre démocratie est devenue une « vétocratie », où quand un citoyen, un entrepreneur, un élu local porte un projet, il se trouve toujours quelqu’un pour l’en empêcher. Enfin, le sentiment d’un entre-soi et d’une forme de « copinage » qui nourrit l’idée que toutes les décisions sont prises à Paris, par les mêmes, dans des institutions qui ne correspondent plus à notre époque. Face à cela je ne vois qu’un chemin : lever ces blocages. Sinon, le pays connaîtra une révolte majeure comme cela a été le cas pendant les Gilets jaunes. 

Le prochain président ne pourra pas être le gestionnaire du déclin. Je veux donc soumettre aux Français, après l’élection, la plus grande réforme institutionnelle depuis 1958. Une réforme qui engagera le fonctionnement même de notre démocratie et qui sera tranchée directement par les Français. Il n’y aura pas de changement profond dans le pays sans réforme majeure de nos institutions. À l’automne, j’aurai l’occasion de proposer une nouvelle organisation territoriale pour déparisianiser la France et faire du maire l’élu le plus puissant. L’État doit se concentrer sur ses grandes missions régaliennes et faire confiance aux élus locaux pour l’essentiel des décisions. Jean-Louis Borloo a, selon moi, posé le bon diagnostic et formulé plusieurs propositions intéressantes. C’est dans cet esprit que je travaille.

Concrètement, comment sortir de cette « vétocratie » ?

La vétocratie, c’est un système où le pouvoir appartient à ceux qui empêchent de faire. En sortir, c’est le redonner à ceux qui veulent faire. Pour cela, je propose d’abord d’inscrire dans la Constitution un principe de rapidité avec un délai maximal de deux mois pour que l’administration réponde à tout porteur de projet. En l’absence de réponse, le silence vaudra accord. Ce ne sera plus aux citoyens de subir les dysfonctionnements administratifs, mais à l’administration d’en assumer les conséquences. Suivant ce principe, je propose aussi de limiter à dix-huit mois maximum l’empilement de tous les recours administratifs, entre la première saisine et la décision définitive. Aujourd’hui, des projets restent bloqués des années. Je ne veux plus que des entrepreneurs, des élus locaux, des investisseurs soient condamnés à renoncer.

Cela passera donc par une réforme en profondeur de l’administration.

Oui. Je veux un « spoil system » à la française. Le président élu doit nommer à la tête des grandes administrations des responsables avec le mandat politique d’appliquer le projet politique sur lequel il a été élu. C’est ce que nous aurions dû faire en 2017. Certaines politiques publiques ont été gérées par les mêmes personnes sous Nicolas Sarkozy, François Hollande puis Emmanuel Macron. Or on ne transforme pas profondément un pays si ceux qui mettent en œuvre les politiques publiques restent les mêmes. Je veux aussi simplifier l’organisation administrative. Les niveaux hiérarchiques ont été multipliés sans qu’on ait de responsables clairement identifiés sur le terrain. Il faut remettre des chefs sur le terrain. Le directeur d’une école doit être le vrai chef de son école. Le président d’un tribunal le vrai chef de sa juridiction. Avec davantage d’autonomie sur les moyens et une vraie évaluation sur les résultats.

Plus généralement, faut-il revoir les nominations au plus haut niveau de l’État ?

Assurément. Ce sujet est instrumentalisé par beaucoup qui tentent de faire croire que les nominations aux plus hautes instances de notre pays sont devenues du « copinage » alors qu’elles devraient récompenser le seul mérite. C’est évidemment faux mais cela doit nous obliger à voir le malaise qui s’est installé. Il faudra revoir en profondeur le pouvoir de nomination du président de la République aux fonctions concernées par l’article 13 de la Constitution pour mieux l’encadrer et restaurer la confiance.

Vous ne craignez pas de vous heurter à des résistances considérables ?

Je me suis toujours heurté à des résistances considérables. Quand j’ai interdit l’abaya, rétabli le redoublement, interdit le versement des aides sociales sur des comptes bancaires étrangers ou encore engagé une réforme de la justice des mineurs. Et pourtant je n’ai pas lâché et je l’ai fait. J’ai toujours eu la force d’agir et je n’ai jamais reculé. Et je suis convaincu qu’une majorité de Français veut ce changement de modèle.

Comptez-vous toujours réduire le nombre de parlementaires et d’élus ?

Oui. Je propose de ramener le nombre de députés à 350 et celui des sénateurs à 200. C’est d’abord une question d’efficacité : notre Parlement est trop pléthorique pour bien fonctionner. De plus, ce n’est pas cela qui résorbera le déficit mais avec un budget cumulé pour le Parlement de 900 millions d’euros par an, supprimer près de 400 parlementaires permettra de faire plusieurs centaines de millions d’euros d’économie chaque année.

Souhaitez-vous recourir plus souvent au référendum sur les grands choix du pays ?

Oui. En 2027, cela fera vingt-deux ans que les Français n’ont pas été consultés. Démocratiquement, cela n’est plus tenable. Si je suis élu président de la République, je souhaite qu’un référendum soit organisé chaque année lors d’une journée référendaire, avec plusieurs questions à choix multiples sur des sujets préalablement discutés et travaillés avec les forces politiques et les partenaires sociaux

. Il faudra d’ailleurs revoir la Constitution pour faciliter massivement le recours au référendum. Je veux également permettre aux maires d’organiser plus facilement des référendums locaux. Cela pourrait notamment permettre de faire aboutir certains projets aujourd’hui bloqués. Je n’ai pas de tabou sur les sujets qui pourraient être soumis aux Français.

Vous évoquez régulièrement la nécessité d’un « choc d’autorité ». Comment le traduire concrètement ?

Cela suppose d’abord une réforme profonde de notre système judiciaire. Il faut construire davantage de places de prison. Or, trop peu de communes acceptent d’en accueillir. Ces constructions doivent relever d’opérations d’intérêt national. L’État doit décider où elles seront implantées. Ensuite, une peine prononcée doit être une peine exécutée. Je propose de supprimer le juge de l’application des peines ainsi que les remises automatiques de peine. Enfin, je souhaite réécrire entièrement le Code de procédure pénale afin de le rendre plus simple et éviter que des vices de procédure permettent à des criminels d’échapper à leur condamnation.

Quid du cas particulier des mineurs délinquants ?

C’est mon combat ! Et c’est aujourd’hui l’un des principaux défis en matière de sécurité. Je l’ai dit dans toutes les responsabilités que j’ai exercées : comme secrétaire d’État à la jeunesse, ministre de l’Éducation nationale puis comme Premier ministre en affirmant le « tu casses, tu répares » dans ma déclaration de politique générale. La dissolution m’a empêché d’accomplir le tournant que je proposais. Je le porte dans mon projet présidentiel. Là aussi, notre cadre constitutionnel empêche d’aller suffisamment loin face à la délinquance des mineurs. Là aussi, il faudra changer.

Sondage après sondage, une majorité de Français estime qu’il y a trop d’immigration dans notre pays. Comment répondre à cette préoccupation ?

Je l’avais dit aussi en arrivant à Matignon : il faut accueillir moins pour accueillir mieux. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que la France pourrait vivre sans immigration. Une partie de notre économie tourne avec l’immigration et notre pays s’est construit avec une part d’immigration. En revanche, la maîtrise de l’immigration est l’un des grands échecs des deux derniers quinquennats. Je propose une « préférence travail ». Les partenaires sociaux évalueraient les besoins de notre économie. Ces besoins seraient ensuite transmis au Parlement, qui voterait de véritables quotas. Et je parle bien de quotas limitatifs, pas simplement indicatifs. Ils seraient définis par secteur professionnel mais aussi par origine géographique, afin de préserver une diversité des flux migratoires. Cela suppose de modifier la Constitution, mais j’assume là aussi de lever ce tabou.

Peut-on redresser les finances publiques sans augmenter les impôts ?

Nous avons passé la semaine dernière le « jour de libération fiscale » à partir duquel les contribuables Français commencent à travailler pour eux-mêmes. Je pense qu’on paye largement assez d’impôts en France pour ne pas avoir à en rajouter : nous sommes déjà dans le pays où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés de l’OCDE. Augmenter encore les impôts reviendrait à creuser davantage l’écart avec nos voisins européens. La priorité est donc de faire des économies avec plus d’exemplarité, et surtout avec des réformes de structure. Nous devons apprendre à faire mieux avec moins, dans nos services publics comme dans notre modèle social. Les deux tiers de nos dépenses publiques sont des dépenses sociales. C’est donc là que doivent porter les deux tiers de nos efforts. Je propose de revoir en profondeur l’assurance chômage, le système des arrêts maladie devenu hors de contrôle et notre système de retraite. La réforme de l’État que je défends permettra également de dégager des économies importantes.

En taillant, par exemple, dans les effectifs publics ?

Entre autres. Je propose un plan de départs volontaires de 100 000 fonctionnaires, accompagné d’une prime de départ volontaire. Cela concernera l’État comme les collectivités locales. Je ne crois pas aux saignées irréalisables de 500 000 fonctionnaires comme certains candidats l’avaient proposé lors de précédentes élections. Mais notre pays ne peut plus vivre durablement à crédit. Il faut inverser la tendance en contraignant les gouvernements à respecter les budgets avec une véritable règle d’or budgétaire dans la Constitution qui oblige à redresser des finances publiques. On ne peut plus s’endetter avec la carte de crédit de nos enfants et de nos petits-enfants.

À un moment ou à un autre, les Français devront bien consentir des efforts…

J’ai la conviction profonde que c’est par le travail que nous rééquilibrerons notre modèle social. Mais tout dépend de la manière dont on réforme. Sur la retraite par exemple, je pense que l’on peut inciter à travailler davantage en donnant aussi de la liberté. Plutôt que de passer l’âge à 67 ans, je défends un système universel, avec les mêmes règles pour tous. Un système libre en ne gardant que la durée de cotisation avec une vraie décote pour ceux qui partent tôt et une vraie surcote pour ceux qui travaillent plus longtemps. Je veux également introduire une part de capitalisation. À mes yeux, cette transformation sera bien plus efficace, y compris pour nos finances publiques, que la simple modification de l’âge légal.

Vous promettez de refaire de la France la première puissance d’Europe d’ici dix ans. Au regard de notre dette, de notre croissance et de notre démographie, cet objectif est-il réellement atteignable ?

Il l’est, à condition de réussir quatre grands chantiers : l’école, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle. L’école libérera le potentiel de chaque jeune Français. L’IA sera décisive parce qu’elle déterminera notre productivité, notre croissance et, au fond, notre niveau de vie. Si la France avait connu le même gain de productivité que les États-Unis lors de la révolution numérique, le salaire médian ne serait pas aujourd’hui d’environ 2 200 euros net, mais de près de 3 300 euros.

Seriez-vous prêt à débattre de tous ces sujets avec Édouard Philippe et Bruno Retailleau ? 

Bien sûr. J’aime le débat et je pense qu’il est indispensable en démocratie. Si une chaîne propose un débat entre les candidats que vous évoquez, je l’accepterai avec enthousiasme. Les Français doivent pouvoir comparer nos projets, nos méthodes et nos choix.