Politique
L’ancien ministre macroniste du Logement et de la Fonction publique, apôtre du président argentin Javier Milei, crée un mouvement politique pour défendre les idées libérales en France et « faire confiance à l’individu ».
Le Parisien - 11 avril 2026 - Par Par Marcelo Wesfreid
Guillaume Kasbarian, ancien ministre macroniste du Logement et de la Fonction publique, vient de créer le Parti de la liberté. Un mouvement qu’il considère « ouvert à tous », tendant la main aux libéraux de toutes obédiences. Bien que ce courant peine habituellement à se structurer en France, le député d’Eure-et-Loir est convaincu que la donne a changé, en raison de la sévère dégradation des comptes publics et des expériences libérales à l’étranger.
Vous êtes membre de Renaissance… Pourquoi créer un nouveau parti ?
GUILLAUME KASBARIAN. Pour défendre la liberté à tous les étages : liberté d’entreprendre, de créer, de travailler, de vivre sa vie économique et personnelle. C’est un parti qui assume une idéologie faisant confiance à l’individu. C’est un parti indépendant, sans tabou, qui n’a pas froid aux yeux.
Vous quittez, donc, Renaissance ?
Non. Le Parti de la liberté est indépendant, ouvert à tous. Il accueille tous ceux qui veulent faire avancer la liberté à l’avenir, sans exiger qu’ils quittent leurs éventuels partis et engagements actuels. Cela vaut aussi pour moi.
Le nom, c’est un clin d’œil au parti du président argentin Javier Milei, « La libertad avanza » ?
Je regarde ce qui marche ailleurs. Mais sans allez jusque-là, la liberté est le premier mot de notre devise nationale « liberté, égalité, fraternité ». C’est la première valeur française. Je souhaite qu’on ait des élus qui portent un choc de liberté. Notre niveau de dépense publique est devenu phénoménal : 57 % de la richesse nationale ― c’est 50 % à Cuba. On a un record sur les prélèvements. Si notre pays continue sur cette trajectoire, il risque de décrocher.
Les idées libérales, ce n’est pas très porteur en France! Alain Madelin avait fait moins de 4 % en 2002.
Détrompez-vous, les Français sont très attachés aux idées de liberté, à la propriété. Ils veulent pouvoir créer des entreprises sans être « emmerdés » sur plein de sujets. Enfin, avec le niveau de déficit et de taxes actuel, chacun comprend qu’il est temps de changer de direction.
Qu’est-ce qui vous dérange chez David Lisnard (ex-LR), qui défend lui aussi le libéralisme ?
Je ne distribue pas les bons et les mauvais points. Il y a suffisamment d’étatistes pour concentrer mes commentaires sur ceux qui ressortent les mêmes recettes depuis cinquante ans (chèque, taxes, bureaucratie).
Sur le fond, que préconisez-vous ?
Je vais prendre un exemple. Les retraites, c’est un quart de la dépense publique. C’est la moitié de la dette depuis 2017. Un politique qui promet de redresser les comptes sans régler ce sujet ment. Ma proposition : créer une règle d’or sociale dans la Constitution. Il faut interdire tout déficit sur le social, tout report sur les jeunes générations des déséquilibres financiers. Ça veut dire que les régimes retraites devront être équilibrés.
Pour le régime de base, je préconise une indexation des pensions sur l’inflation pour celles jusqu’au smic. Et le gel, au-delà. Et à terme, basculons sur un système reposant sur un pilier de capitalisation, qui permette à chacun de mettre de côté, de choisir ce sur quoi il investit, en laissant seulement une dose de répartition. On ne peut pas monter l’Himalaya en tongues.
Vous allez perdre les voix des retraités !
On a besoin d’une force politique qui n’ait pas peur de déplaire à tel ou tel segment de la population. Si on ne parle pas de réformes avant une présidentielle, quand le fera-t-on ? Nous ne serons pas un parti du « en même temps ».
Vous avez été ministre. Que ne l’avez-vous fait ?
J’ai fait voter une loi antisquat, c’est une loi libérale, qui défend la propriété privée. Quand j’étais au ministère du Logement, j’ai porté la fin du logement social à vie et la libération de la construction. Quand j’étais à la Fonction publique, j’ai revendiqué un plan de lutte contre l’absentéisme et la baisse des dépenses publiques. J’ai été fidèle à mon idéologie libérale.
Vous êtes déçu par Emmanuel Macron qui assumait en 2017 une ambition libérale ?
Je l’ai rejoint parce qu’il avait porté à Bercy une loi de libéralisation, de refus des rentes. Au pouvoir, on a lancé des réformes : marché du travail, prélèvement forfaitaire unique, réforme de l’apprentissage, mais on a été rattrapé par un certain nombre d’aléas : les Gilets jaunes ; le Covid qui vient interrompre la réforme des retraites et la suspendre. Puis, la crise ukrainienne, la crise inflationniste. J’en tire une leçon : il faut avoir une idée très claire de ce qu’on veut faire et tout mettre en place, dans les six premiers mois top chrono.
Vous briguez une candidature à la présidentielle ?
Non. Je défends des idées, pas ma personne. Je n’ai aucune envie de créer une écurie à mon effigie. Je souhaite rassembler des libéraux pour peser dans la construction des programmes présidentiels et je veux qu’ensuite ce parti puisse porter des projets libéraux au sein d’une coalition future ou dans l’opposition. Il y a trop de candidats, pas assez d’idées. Barrer la route aux extrêmes n’est pas suffisant pour faire un projet.
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