Éric Ciotti, ici en mai, a bien l’intention de peser de tout ce qu’il peut pour influencer le programme frontiste pour la présidentielle. Icon Sport/Johnny Fidelin

Politique

L’ex-patron de LR, allié de Marine Le Pen et Jordan Bardella, veut influencer le programme économique du RN. Et pourrait avoir un rôle central dans la campagne présidentielle à venir.

Le Parisien - 23 juin 2026 - Par Quentin Laurent et Alexandre Sulzer

 

En juin 2024, Éric Ciotti avait justifié son alliance avec le Rassemblement national par le « virage libéral assumé » du parti de Jordan Bardella, se félicitant de leur union dans une tribune publiée dans Les Échos, « celle de la liberté économique enfin revendiquée ». Il s’agissait alors surtout d’habiller et de justifier un mariage politique inattendu, leurs ADN respectifs étant parfois assez éloignés en économie.

Deux ans plus tard, la différence perdure, mais le patron de l’UDR, et récemment élu maire de Nice, continue de la faire valoir à la manière d’un lobbyiste, d’un aiguillon. Ciotti est un des rares patrons de parti à n’avoir aucune ambition présidentielle pour lui-même, mais il a bien l’intention de peser de tout ce qu’il peut pour influencer le programme frontiste.

« On va phosphorer sur 3-4 mesures fortes »

Ainsi ce mardi soir, l’ancien président de LR tient une nouvelle édition de son rendez-vous du « Forum des libertés », événement censé mettre en lumière ses propositions économiques libérales, principal cheval de bataille des ciottistes pour se différencier du RN. « L’UDR souhaite apporter une contribution forte à ce programme », nous confiait Éric Ciotti début mai, évoquant des propositions économiques « qui mettent au cœur du pacte républicain la liberté d’entreprendre, la baisse des impôts, des dépenses, l’allégement drastique de la réglementation ou encore une nouvelle organisation territoriale ».

« On va phosphorer sur 3-4 mesures fortes pour que le RN récupère quelques-unes de nos idées. Mais on ne va pas taper du poing sur la table. Il faut être humble… », confiait récemment un élu UDR. Avec sa petite année d’existence et ses 17 députés, le groupe UDR à l’Assemblée nationale ne peut se prévaloir de trop… même s’il semble avoir déjà obtenu quelques gages. « Je ne désespère pas que sur les retraites, le projet laisse une part progressive à la capitalisation, nécessaire si l’on souhaite sauver notre système par répartition », affirmait encore Éric Ciotti au Parisien-Aujourd’hui en France début mai.

Si Marine Le Pen ne croit pas au remplacement du système par répartition par la capitalisation, elle a cependant choisi de faire sienne l’idée défendue par l’UDR. « Je pense qu’il faut évidemment proposer aux Français les moyens pour qu’ils puissent (…) se constituer une retraite complémentaire par capitalisation », a ainsi déclaré la leader du RN le 14 juin, sur France 3. Un gage libéral envers celui qui, quand il l’affrontait politiquement, la dépeignait comme une « Mélenchon en blond », raillant alors un programme économique jugé de gauche.

Plus proche de Bardella que de Le Pen

Depuis leur alliance, Marine Le Pen comme Jordan Bardella ont souvent été interrogés sur les différences parfois importantes de programme avec Éric Ciotti, comme sur la réforme des retraites que le Niçois défendait, quand eux la combattaient. Agacés, ils rétorquent régulièrement qu’un allié n’est « pas un clone »….et semblent malgré tout enclins à faire vivre cette différence, dans la mesure du raisonnable.

« N’ayez pas peur de souligner les différences, parce que si on n’en avait pas, on ne serait pas alliés, mais fusionnés », a-t-elle dit à un député UDR lors d’une réunion conjointe de leurs députés, au printemps. Avoir un allié autorisé à penser différemment, c’est casser son image de parti ultravertical où les ralliés sont caporalisés. C’est essayer de prouver que le RN ne serait plus si sectaire. « Le RN n’est pas habitué à avoir quelque chose qui existe à côté du RN. Il faut apprendre à vivre avec un allié maintenant… », commente un député frontiste. « L’UDR, ce sont des bourgeois, ils ne nous ressemblent pas. Mais ils permettent de pénétrer une autre sociologie », observe un autre.

À savoir parler à cette droite qui rechigne toujours, même si de moins en moins, à se saisir d’un bulletin du parti à la flamme. « Aller chercher le reliquat LR », dit en privé Jordan Bardella, qui n’hésite jamais à se féliciter des très bonnes relations qu’il entretient avec Éric Ciotti ― un des rares politiques à avoir rencontré sa compagne Maria-Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Il veut d’ailleurs lui soumettre le programme du RN pour qu’il puisse « l’enrichir », proposer des idées.

Matignon en ligne de mire

Ciotti, s’il entretient de bons rapports avec Marine Le Pen, ne cache pas qu’il se sent politiquement plus proche du jeune eurodéputé, fortement pressenti pour être candidat à la présidentielle. Il estime qu’il peut davantage élargir son électorat au second tour que Le Pen, son profil étant moins « répulsif », plus « de droite », lâche-t-il en petit comité.

En privé, Bardella assure d’ailleurs que, s’il devenait effectivement le candidat du RN, il souhaiterait confier à Ciotti « un rôle de premier plan » dans la campagne présidentielle qui s’ouvre, se félicitant d’une alliance jugée « extrêmement fructueuse politiquement ». Au point de nommer le maire de Nice à Matignon ? Ciotti se garde bien de balayer l’hypothèse. Jordan Bardella également.