Tribune

Alors que 90 élus de droite et du centre appellent à « un sursaut d’unité » et à une candidature unique, le patron des Républicains estime, au contraire, qu’« après une décennie de revirements impuissants, le temps n’est plus aux synthèses molles, mais à la rupture avec la politique de gribouille et de tambouilles qu’a été le macronisme ».

avecretailleau.fr - 31 mars 2026 - Par Bruno Retailleau

Lorsqu’elle n’a plus grand-chose à dire, la politique se perd dans la tactique. Depuis plusieurs jours, certains croient avoir trouvé la martingale pour éviter un duel mortifère entre le RN et LFI en 2027 : le candidat unique. De grandes primaires en comités de liaison, chacun y va de son mode d’emploi. Mais pendant que les chapeaux à plumes parlent aux chapeaux à plumes, qui parle encore aux Français ? Nos compatriotes attendent qu’on leur parle de l’avenir de leur pays, non de l’avenir des partis. Que chacun dise d’abord aux Français ce qu’il veut vraiment pour la France. 

Car le seul refus des extrêmes ne saurait suffire à légitimer une candidature unique. Un rejet ne fait pas un projet. Les Français en ont assez des appels infantilisants à faire barrage. Cette politique qui consiste uniquement à éviter le pire, mais sans jamais proposer le meilleur aux Français, constitue au contraire le carburant du Rassemblement national et de La France insoumise. Parce qu’elle renforce les électeurs dans cette conviction que le système ne cherche qu’à se protéger, que tout est bon pour conserver des places et se distribuer des postes. 

Je refuse cette politique du vide qui ne propose qu’une mécanique sans vision : rassembler pour rassembler, unir pour unir. Mais unir pour quoi ? Et rassembler jusqu’où ? J’affirme d’ailleurs que ceux qui pressent la droite de se ranger sans broncher derrière un candidat unique seront entraînés, demain, jusqu’aux rivages de « la gauche républicaine ». Car si le seul objectif est de battre le RN et LFI, au nom de quoi écarter Raphaël Glucksmann ou François Hollande ? L’unité sans la clarté, la candidature unique sans base programmatique, c’est la voie la plus courte pour retomber dans le piège mortel du « en même temps ». 

Ce piège se refermera sur tous ceux qui l’ont conçu. Dans un an, la facture du macronisme sera présentée aux artisans de la politique d’Emmanuel Macron. Il faudra alors expliquer aux Français comment a été fermée la centrale de Fessenheim pour complaire à Nicolas Hulot, ou par quelles décisions hors sol a été déclenchée la révolte des « gilets jaunes ». Et trouver des explications au grand appauvrissement créé par le « quoi qu’il en coûte », de même qu’au grand ensauvagement contre lequel rien de sérieux n’a vraiment été entrepris depuis dix ans. Ce bilan désastreux n’est pas celui de la droite, et nous portons un projet singulier qui n’est pas soluble dans le macronisme. 

Jamais en effet le rassemblement des contraires ne permettra d’aller au bout des réformes courageuses. Et pour cause : entre ceux pour qui l’immigration est forcément une chance et ceux, dont je suis, pour qui elle est devenue une charge insupportable ; entre les avocats de l’éolien à tout prix et les partisans de la priorité nucléaire ; entre les concepteurs de l’usine à gaz qu’est Parcoursup et les défenseurs d’une sélection méritocratique à l’université ; entre les adeptes du fédéralisme européen et les promoteurs de l’Europe de la coopération des États ; il ne saurait y avoir de programme commun. Après une décennie de revirements impuissants, le temps n’est plus aux synthèses molles : il faut trancher dans le dur, rompre avec cette politique de gribouille et de tambouilles qu’a été le macronisme. 

C’est donc une évidence qu’il semble nécessaire de rappeler aujourd’hui : nous sommes les seuls à droite à concilier la sécurité et la prospérité, le sérieux et l’audace. 

C’est le chemin que j’ai choisi, la voie claire et sincère par laquelle je vais à la rencontre des électeurs. Pour leur proposer une rupture radicale, car le temps des demi-mesures est fini. Seule une révolution juridique, assise sur une grande réforme constitutionnelle, nous permettra de rétablir l’ordre dans les rues et à nos frontières. Seule une révolution économique, fondée sur la revalorisation du travail et la libération fiscale et normative des entreprises, garantira de meilleurs salaires pour les Français et une nouvelle prospérité pour la France. Seule une révolution culturelle, pour substituer la fierté française à la repentance, renouer avec l’assimilation républicaine et la transmission à l’école, retissera les liens d’appartenance entre les Français, d’où qu’ils viennent. 

Cette rupture radicale, le Rassemblement national ne pourra pas en être l’artisan. J’affirme que ce parti trompe les électeurs sincères qui votent pour lui. En les entretenant dans l’illusion que les Français pourraient partir plus tôt à la retraite, qu’il suffirait pour renflouer les caisses de l’État de diminuer le coût de l’immigration sans toucher à notre modèle social, Marine Le Pen et Jordan Bardella font ce qu’a toujours fait la gauche : raser gratis. Autant dire qu’au bout, les Français n’auront ni la prospérité, ni même la sécurité. Pour construire des prisons ou de nouveaux centres de rétention pour les clandestins, réarmer notre justice et notre police, un effort budgétaire considérable devra être effectué. Il ne sera possible qu’en diminuant la dépense publique, avec une exigence : donner plus à ceux qui méritent et moins à ceux qui profitent. Sans le sérieux budgétaire, la fermeté régalienne restera un vœu pieux. 

C’est donc une évidence qu’il semble nécessaire de rappeler aujourd’hui : nous sommes les seuls à droite à concilier la sécurité et la prospérité, le sérieux et l’audace. Et seul un candidat de droite pourra mener cette politique de droite. Telle est bien mon intention, car telles sont mes convictions. Je ne les sacrifierai pas pour un candidat unique dont le projet ne serait que le plus petit dénominateur commun. Plutôt qu’un candidat unique, c’est une chance unique que nous devons offrir aux Français : une rupture, franche et nette, au service du redressement national.