Ce mercredi, un débat organisé par Sébastien Lecornu aura lieu à l'Assemblée sur la guerre en Iran (Illustration). LP/Arnaud Journois

Défense

Alors que les parlementaires français sont appelés à débattre ce mercredi du positionnement du pays dans le conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis près d’un mois, les moyens déployés et leur coût commencent à interpeller.

Le Parisien - 25 mars 2026 - Par Gaëtane Morin

 

Une réaction immédiate, facilitée par la présence permanente des forces françaises aux Émirats arabes unis et en Jordanie. Liée aux pays du Golfe par des accords de défense, dont les termes confidentiels n’ont pas été dévoilés, la France y a déployé ses moyens aériens dès les premières heures du conflit en Iran.

Les six Rafale positionnés sur la base d’Al Dhafra, à 60 km d’Abou Dhabi aux Émirats, ont ainsi été renforcés, au plus fort des représailles du régime des mollahs à l’offensive israélo-américaine, par une douzaine de ces avions de combat.

Entre le 26 février et le 5 mars, selon nos informations, ils ont effectué 18 sorties, cumulant 55 heures de vol, et intercepté « plusieurs dizaines » de drones Shahed, ces appareils low-cost, de plus en plus perfectionnés, chargés d’une centaine de kilos d’explosifs causant des dégâts majeurs.

L’actualisation de la LPM

Une réussite opérationnelle, qui charrie pourtant son lot de questions, la guerre s’étirant dans le temps, sans éteindre la riposte tous azimuts de Téhéran. Et qui devrait alimenter les échanges ce mercredi 25 mars à l’Assemblée nationale, puis au Sénat, à l’occasion d’un débat organisé par Sébastien Lecornu.

Car le stock de missiles MICA, utilisés par les chasseurs pour neutraliser les drones, s’amenuise. « Nous avons de quoi tenir plusieurs semaines, mais il ne faut pas que cela dure six mois à cette intensité », estime Jean-Louis Thiériot, membre de la commission de défense à l’Assemblée nationale.

Même réduit de moitié en quatre ans, le délai pour recharger le stock s’élève encore à dix-huit mois. Un point de vulnérabilité bien identifié par l’exécutif, qui n’a de cesse d’exhorter les industriels à « encore accélérer, financer davantage, prendre plus de risques et produire plus vite », comme l’a martelé Emmanuel Macron à Indret, le 18 mars.

« Sans attendre la commande publique », a insisté le président, sachant que l’actualisation de la Loi de programmation militaire, qui abondera le budget 2026 de 3,5 milliards d’euros, est prévue d’ici au 13 juillet. Initialement annoncé le 4 mai au Sénat, après la présentation du texte, le 8 avril, en Conseil des ministres, le débat parlementaire commencera finalement par l’Assemblée nationale pour « aller plus vite », avance Jean-Louis Thiériot.

Alternative au Rafale, l’hélicoptère Tigre

En attendant, dans les armées, on prospecte les alternatives au missile MICA, réponse disproportionnée à la menace : sa valeur à l’unité est estimée à 1 million d’euros quand un drone Shahed coûte, lui, entre 20 000 et 50 000 euros à produire. D’autant que chaque tir s’avère « particulièrement difficile », confie une source militaire : « Dans un espace aérien saturé de menaces, la clé, c’est la détection. Il faut aussi pouvoir adapter sa vitesse à celle du Shahed, autour de 100 km/h, et être au-dessus de la flotte pour éviter les débris. »

Parmi les options envisagées : des drones anti-drones, utilisés par les Ukrainiens dans la guerre contre les Russes ; l’installation de canons intercepteurs sur le Rafale ; le déploiement d’hélicoptères Tigre au Proche-Orient. C’est cette solution qui semble tenir la corde, dans un premier temps.

« Ils volent moins vite que les Rafale et peuvent frapper latéralement les drones, avec des canons adaptés », explique Cédric Perrin, président de la commission de la Défense au Sénat. En cours d’expérimentation, ils n’ont encore jamais été déployés au combat. Mais il faut parer l’urgence.