Défense
Le constructeur automobile, associé à la PME de défense Turgis Gaillard, devrait produire dans certaines de ses usines françaises plusieurs centaines de drones par mois.
Le Figaro - 20 janvier 2026 - Par Valérie Collet
Les artisans des futurs drones français sont désormais connus : Renault pour la production en série et Turgis Gaillard, une ETI spécialisée dans la défense et l’aéronautique. Selon L’Usine nouvelle, le constructeur automobile produira des drones militaires dans ses usines du Mans (châssis) et de Cléon (moteurs) en partenariat avec Turgis Gaillard dans le cadre d’un contrat potentiel de 1 milliard d’euros sur dix ans conclu avec la Direction générale de l’armement (DGA).
L’information a été confirmée par Renault, qui a reconnu que « la démarche se concrétisait » pour créer une filière française de conception et de fabrication de drones militaires, « avec un projet en partenariat avec Turgis Gaillard », sans certifier la localisation des usines citées. La DGA devrait prochainement détailler les termes du projet « Chorus » entre le constructeur automobile et la PME de la défense.
L’ambition de donner aux armées françaises et alliées un moyen de surveillance et d’intervention simple, rustique et bon marché, disponible en quantité et déployé au plus près de la ligne de front
Renault
Turgis Gaillard, créé il y a une quinzaine d’années, maîtrise déjà la conception de drones. L’entreprise a conçu l’Aarok, un appareil d’une envergure de 22 mètres et de 2,5 tonnes à vide, avec « l’ambition de donner aux armées françaises et alliées un moyen de surveillance et d’intervention simple, rustique et bon marché, disponible en quantité et déployé au plus près de la ligne de front », indique l’entreprise. Il a trois missions : renseignement et surveillance, frappe et relais de communication. Il avait été présenté au Bourget en 2023 et en 2025. Mais les futurs drones commandés par la DGA au duo Renault Turgis Gaillard ne sont pas de cette famille. D’une dizaine de mètres d’envergure, ils seront plus légers et peu coûteux.
Produire des drones en masse
Réclamé par la DGA, le projet de créer une filière française de production de drones a rapidement pris forme. Il y a exactement un an, le délégué général à l’armement, Emmanuel Chiva, remplacé en décembre par Patrick Pailloux, l’attendait avec impatience : « En 2025, il y aura des projets qui verront le jour en collaboration avec l’industrie civile. C’est tout à fait nouveau », avait-il affirmé à la presse en marge de ses vœux à la Direction générale de l’armement (DGA). L’un des projets, disait-il, porte sur la fabrication de drones à une échelle de « plusieurs milliers en quelques mois ». « Il faut être capable de produire en masse. C’est pour cela qu’on s’est posé des questions que nos aïeuls s’étaient posées entre 1939 et 1945 et en 1914-1918. » Dans ce contexte, « produire vite et en masse » devient un critère vital, ce qui n’a pas été le cas lors des appels d’offres de la DGA jusqu’à présent, avait-il expliqué.
Outre les drones, Renault a aussi projeté d’assembler dans ses usines les robots humanoïdes de Wandercraft, une start-up française connue pour ses exosquelettes
En juin dernier, Sébastien Lecornu, à l’époque ministre des Armées, avait confirmé la collaboration avec l’industrie civile pour rattraper le retard de la France dans la production de drones militaires. Il évoquait une « grande entreprise produisant des voitures françaises avec une PME de défense française » sans citer leurs noms. Le ministre expliquait que ces drones seraient destinés aux Ukrainiens, « mais nous allons aussi en faire bénéficier nos propres armées françaises pour avoir en permanence un entraînement tactique, opératif, qui colle à la réalité du conflit en Ukraine. » Le nom de Renault avait rapidement fuité créant le trouble chez certains salariés du groupe.
Dans les usines, on réclame davantage d’activité automobile
La direction du constructeur leur avait adressé une note pour les rassurer. Renault avait mis l’accent sur « le complément d’activité sur les sites » de l’entreprise en France et sur cette « opportunité économique rentable ». Les usines françaises du constructeur automobile sont effectivement loin d’être en surchauffe. À Cléon, où sont fabriqués des moteurs, les salariés déploraient ces dernières semaines n’avoir aucun grand projet en vue et manquer d’activité : le moteur de la nouvelle Twingo électrique sera produit en Slovénie, celui de la Clio hybride au Portugal. Par ailleurs, le moteur de la version d’entrée de gamme de la R5 électrique provient d’un fournisseur chinois… Mais la perspective de produire des drones militaires les laisse perplexes.
Ces derniers temps, le groupe au losange sort de son domaine d’expertise pour s’aventurer dans d’autres activités et occuper ses chaînes de production. Outre les drones, Renault a aussi projeté d’assembler dans ses usines les robots humanoïdes de Wandercraft, une start-up française connue pour ses exosquelettes, au capital de laquelle il est entré. La jeune pousse est prête à industrialiser Calvin-40, son robot humanoïde, qui pourra être utilisé sur les chaînes d’assemblage du Losange et réaliser les tâches les plus pénibles susceptibles de provoquer des troubles musculosquelettiques. Renault fait valoir qu’il « dispose d’un savoir-faire recherché : concevoir, industrialiser et produire en grande série des objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais ».
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