La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, et le ministre de l'Economie, Eric Lombard, feront le point sur l'exécution du budget 2025 lors de la première réunion du comité d'alerte des finances publiques, début avril. (Thomas Hubert/SIPA)

Dépenses publiques

Une note du Trésor recommande de mettre en oeuvre des mesures d'économies afin de tenir l'objectif de déficit de 5,4 % du PIB. Elle pointe aussi le risque de recettes fiscales moindres que prévu.

Les Echos - 12 mars 2025 - Pars Stéphane Loignon

A peine créé, le comité d'alerte des finances publiques a déjà du pain sur la planche. Dès leur première réunion début avril, ses membres - parlementaires des commissions des finances, des affaires sociales et des délégations aux collectivités locales, associations d'élus, représentants de la Sécurité sociale et le président de la Cour des comptes - pourront discuter, avec les ministres de Bercy, des mesures à prendre pour tenir l'objectif de 5,4 % de déficit en 2025. Et éviter un dérapage incontrôlé comme en 2023 et en 2024.

Selon une note récente de la direction générale du Trésor, révélée par « L'Opinion » et dont le contenu a été confirmé aux « Echos » , la prévision de 5,4 % « reste atteignable mais est sujette à un risque haussier ». Pour atteindre ce but, il faudrait concrétiser 5 milliards d'économies, « notamment dans les budgets des opérateurs d'administration centrale et locale », recommande la note.

Une partie des économies votées au budget 2025 n'avaient pas été documentées, comme le soulignait en janvier le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) dans son avis sur le projet de loi de finances révisé par le gouvernement Bayrou. Il faut désormais y remédier, d'autant que le Trésor pointe aussi un risque sur l'évolution spontanée des prélèvements obligatoires cette année, de l'ordre de 5 milliards d'euros également.

35 milliards d'euros d'effort l'an prochain

« Il faut que les mesures d'économies que nous avons mises dans le budget soient effectivement mises en oeuvre », justifie la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, interrogée ce mercredi en marge d'une conférence à Bercy. « C'est pour ça que certains nous disent qu'il y a un aléa potentiel de 5 milliards d'euros d'économies, qui au moment où un certain nombre d'éléments ont été revus par les administrations, n'étaient pas encore renseignées », admet la ministre. « C'est ça qu'il faut mettre en oeuvre dans les ministères, la sphère sociale, les collectivités aussi, pour que le budget qui a été voté soit bien le budget exécuté et qu'on réduise ces aléas », ajoute-t-elle.

La première réunion du comité d'alerte sera donc, selon elle, l'occasion de « partager la réalité de ce qui est dans le budget, là où en seront les premières tendances de recettes, la traduction dans la programmation budgétaire des économies prévues au PLF 2025 » et de « faire un point tout à fait transparent sur les potentiels ajustements qu'il faudrait prendre. »

Si l'objectif d'un déficit à 5,4 % est atteint en 2025, un nouvel effort substantiel sera quand même nécessaire l'an prochain. Dans sa note, fondée sur le « budget économique d'hiver » élaboré chaque année à Bercy, le Trésor calcule qu'à politique inchangée, le solde se dégraderait d'environ 0,5 point de PIB en 2026, en raison du « dynamisme tendanciel de certaines dépenses » (charge de la dette, contribution à l'Union européenne, santé…). En conséquence, le déficit risquerait d'atteindre spontanément 5,9 % en 2026, sur la base d'une hypothèse de croissance de 1,2 % et d'une élasticité des recettes proche de 1.

Pour passer sous la barre des 5 % de déficit en 2026 et s'inscrire dans la trajectoire, validée par l'Union européenne, qui doit amener la France sous les 3 % de déficit en 2029, le Trésor évalue à 35 milliards d'euros les « économies supplémentaires » à accomplir l'an prochain. Au total, cette direction de Bercy estime à 100 milliards d'euros les « mesures de redressement » nécessaires d'ici 2029. Le Trésor maintient par ailleurs la prévision d'un déficit à 6 % en 2024, mais indique que cette estimation « reste incertaine ».