Le Premier ministre a écrit aux entrepreneurs pour « rendre compte des arbitrages finals » sur le projet de loi de finances 2026. (Photo Alfonso Jimenez// SIPA)

Entreprises

Le Premier ministre a écrit ce dimanche aux entrepreneurs pour justifier ses ultimes choix sur le budget 2026. La réduction du déficit à 5 % et une volonté de stabilité ont guidé ses décisions. Mais plusieurs mesures douloureuses pour les entreprises figurent dans la copie finale.

Les Echos - 18 janvier 2026 - Par Stéphane Loignon

 

Les représentants patronaux ont souvent manifesté leur dépit devant l'interminable feuilleton budgétaire. L'épilogue risque aussi de leur laisser un goût amer. Comme l'ont révélé « Les Echos », afin de financer les ultimes concessions sur le projet de loi de finances (PLF) 2026, la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises sera ainsi finalement maintenue au même niveau qu'en 2025, au lieu d'être divisée par deux.

Dans ce contexte, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a décidé de prendre la plume pour tenter d'apaiser les entrepreneurs dans un courrier de trois pages, transmis par Matignon aux « Echos ». « Mesdames et Messieurs les chefs d'entreprise, », écrit le Premier ministre, « votre première attente était la visibilité. […] Ce message a été entendu. »

Sébastien Lecornu rappelle l'adoption du budget de la Sécurité sociale, qui n'est certes « pas parfait », mais ramène le déficit des comptes sociaux sous les 20 milliards d'euros et assure le bon fonctionnement du modèle social.

Le choix de la « stabilité »

Sébastien Lecornu souligne ensuite les principes qui ont guidé ses choix dans le PLF et justifie quelques décisions perçues douloureusement par les entrepreneurs. « L'impératif fondamental est de réduire le déficit à 5 % du PIB, sans casser la cohésion sociale, ni la croissance. […] 2026 sera une année de stabilité pour les entreprises françaises, avec une attention toute particulière portée aux PME, ainsi qu'aux entreprises de taille intermédiaire (ETI), qui constituent l'ossature productive du pays », écrit-il.

Dans un contexte budgétaire contraint, entre renoncer aux économies sur les allègements de charges et baisser la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), il a fallu choisir. La préservation du coût du travail a été « priorisée », admet le Premier ministre « au détriment, malheureusement, de la baisse de la CVAE qui figurait dans le texte initial. […] Je reste néanmoins persuadé qu'il faudra demain poursuivre la baisse de la CVAE », insiste Sébastien Lecornu.

Le Premier ministre souligne comme un avantage la stabilité des règles fiscales. « Il n'y a pas de modification des dispositifs existants, pas de remise en cause des équilibres connus, pas d'instabilité normative », relève-t-il. Mais pour les grandes entreprises, cette stabilité se traduira surtout par le maintien des règles de la surtaxe sur les bénéfices (que François Bayrou s'était engagé à stopper), à l'exception des ETI qui seront épargnées, confirme-t-il.

Un budget « bon pour l'économie »

« Pour les très grandes entreprises - au nombre d'environ 300 - le gouvernement reprend le barème arrêté pour 2025 », écrit-il. La surtaxe sur les grandes entreprises rapportera « environ 8 milliards d'euros » en 2026, a précisé dimanche soir la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, sur France Info.

Pour donner « un sens clair et une portée nationale » à cette contribution, l'argent récolté « contribuera directement au financement de l'accélération de notre trajectoire de défense, indique le Premier ministre. C'est une expression concrète de leur patriotisme économique, et nous les en remercions ».

Pas sûr que cela suffise à faire passer la pilule, d'autant qu'il s'agit aussi de financer les nombreux gestes consentis à la gauche. « C'est dramatique vis-à-vis des entreprises, ce sont quand même elles qui créent de la richesse, de l'emploi et génèrent des cotisations sociales », critique le rapporteur général du budget au Sénat, Jean-François Husson.

Enfin, le gouvernement fait le choix assumé de renforcer « des mesures de lutte contre la fraude fiscale et les pratiques de suroptimisation », écrit Sébastien Lecornu. Le pacte Dutreil sera préservé mais « en empêchant qu'y soient logés des biens somptuaires qui n'ont rien à y faire ».

Le rabot avoisinerait les 200 millions d'euros selon nos informations. Cette lutte s'exercera aussi contre les « mêmes abus à travers les holdings » - sans préciser si les modalités seront celles de la taxe holding prévue au PLF initial.

Par ailleurs, Sébastien Lecornu souligne la préservation du crédit impôt recherche, la stabilisation des aides à la décarbonation et à l'innovation et un effort d'économie « ciblé et maîtrisé » sur l'apprentissage. « La France a besoin de visibilité et de stabilité. Ce budget est bon pour l'économie », conclut le Premier ministre. « Une nouvelle crise politique affaiblirait notre pays et pèserait encore plus directement et lourdement sur l'activité et l'emploi », prévient-il, à la veille d'une semaine décisive.

 

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Stéphane Loignon