Économie
Depuis les discussions budgétaires de septembre, les dirigeants d’entreprise organisent leur petite révolution. Et lancent un mouvement apolitique, qui rassemble déjà plus de 2 000 patrons, pour participer au débat électoral.
Le Parisien - 16 janvier 2026 - Par Aurélie Lebelle et Olivier Beaumont
Les patrons entrent dans le jeu. Plus question pour eux de laisser la sphère politique à des élus à qui ils ne font plus confiance. Les dirigeants d’entreprise veulent désormais occuper le terrain, réclamer des comptes aux élus locaux et expliquer leur vision des choses aux Français. Le mouvement, lancé en novembre 2025 après la publication d’une tribune dans L’Express intitulée « Trop, c’est trop ! », s’organise désormais.
De 200 signataires au départ, le groupe s’est musclé en quelques semaines et rassemble déjà plus de 2 000 chefs d’entreprise de toutes tailles : TPE (moins de 10 salariés), PME (jusqu’à 250) et ETI (moins de 5 000). Si chacun a ses opinions politiques, tous s’accordent sur un point : la stratégie actuelle n’est pas la bonne.
La crainte de servir de « variable d’ajustement »
Mais comment en est-on arrivé à ce divorce-là ? La goutte d’eau est tombée au moment des débats budgétaires, en septembre 2025. Alors qu’ils s’estimaient, selon les dires de certains patrons qui ne l’ont pas digéré, ciblés, pointés du doigt comme des « boucs émissaires », la rupture a été actée cet automne.
« Les entrepreneurs ont payé le coût de l’instabilité, analyse l’économiste de l’OFCE Mathieu Plane. Ils voient bien qu’en attendant des réformes structurelles, ils peuvent être une variable d’ajustement pour trouver des financements. »
Et rien ne s’arrange. La reprise, ces derniers jours, des discussions budgétaires ne laisse pas entrevoir un rayon de soleil pour les patrons. Sans garantie sur le texte final, ils s’inquiètent encore. Pourtant, dans l’entourage du Premier ministre, on démine le sujet. « Les entreprises exigent de la visibilité, mais les paramètres sur la fiscalité sont tous tombés lors des discussions budgétaires. Et le temps leur donnera raison », explique-t-on, pour dire qu’elles ne devraient pas être lésées à l’arrivée.
« Les dernières variables concernant les entreprises concernent deux points, précise-t-on. La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), mais on parle d’un milliard d’euros dans le budget, donc cela ne va pas changer macro-économiquement beaucoup de choses. Et l’autre sujet, c’est l’impôt sur les sociétés, qui concerne les 400 plus grosses boîtes du pays, essentiellement des banques et les assureurs. »
Peser sur les élections… ou s’engager en politique ?
Et si le dossier n’est pas pris très au sérieux par le gouvernement, c’est aussi parce que la force de frappe des patrons n’est pas celle des Gilets jaunes. « Quelle contestation peut en déboucher ? s’interroge Mathieu Plane. À part la délocalisation, qui serait un choix très lourd, ce mouvement reflète surtout une crainte. »
Pourtant, les patrons organisent leur révolution. Comment ? Il est encore trop tôt pour le savoir. Mais les porte-parole de ce groupe apolitique veulent participer au débat, en vue des élections municipales puis de la présidentielle, afin de pousser des arguments et des idées. Quand on leur suggère que cela ressemble à du lobbying, ils s’insurgent. Non, eux veulent aider à la croissance de l’économie française, loin de tout corporatisme.
Quitte à s’engager en politique ? Tout est possible. En coulisses, certains martèlent de récents sondages où les Français accordent leur confiance aux dirigeants de TPE-PME à 69 %… loin devant les politiques (18 %). De là, peut-être, à donner des ailes et des projets de grandeur à certains pour 2027.
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