Politique
Pour le candidat à la mairie de Nice et président de l'UDR, l’union des droites n’est plus une option, mais une urgence. Il veut, par ailleurs, inscrire le droit à la sécurité dans la Constitution.
Le JDD - 11 janvier 2026 - Propos Jules Torres
Le JDD. L’union des droites est au cœur du débat public. Pourquoi est-ce, selon vous, une nécessité ?
Éric Ciotti. Cette urgence tient à l’effondrement de l’État. Jamais la France n’a été plongée aussi profondément dans la politique politicienne. La dissolution décidée par Emmanuel Macron a ramené la cuisine nauséabonde de la IVe République, et la classe politique donne le sentiment de ne penser qu’à la conservation de ses sièges. Dans le même temps, tous les indicateurs se dégradent. La dette approche les 3 500 milliards d’euros, les déficits restent abyssaux et la violence explose, avec une augmentation de 70 % d’homicides et de tentatives d’homicide depuis l’élection d’Emmanuel Macron. L’immigration atteint des niveaux records, les prélèvements obligatoires demeurent parmi les plus élevés au monde, alors que nos services publics s’effondrent. Cette situation est le produit du « en même temps » macroniste. Ce double quinquennat a conduit le pays dans l’impasse. Dans ce contexte, l’union des droites est une nécessité politique, électorale et vitale.
« La droite traditionnelle a trahi ses électeurs »
Face au cataclysme qui s’annonce, tous ceux qui considèrent que la France a encore un avenir doivent se rassembler. C’est pour cela qu’en juin 2024, au moment de la dissolution, alors que j’étais président des Républicains, j’ai fait ce choix historique de rompre le cordon sanitaire. L’union des droites, beaucoup en parlent, je l’ai faite. Et si certains, guidés uniquement par leurs médiocres intérêts personnels, n’y avaient pas fait obstacle, les patriotes gouverneraient aujourd’hui le pays et auraient engagé le redressement national. Cette union, nous l’avons nouée avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Elle est porteuse d’avenir.
Pourquoi la droite échoue-t-elle encore à franchir le pas ?
Parce que nous sommes tombés dans le piège mitterrandien au début des années 1980, qui a coupé la droite et ses électeurs en deux. Et parce que les partis de droite traditionnels, dont je suis issu, ont trahi leurs électeurs en reniant leurs convictions. Le dernier exemple, c’est le naufrage des Républicains, qui ont soutenu un budget présenté par Sébastien Lecornu, écrit par François Hollande et Olivier Faure. Comment un parti qui se dit de droite peut-il voter un budget socialiste ? Je dis à mes amis des Républicains d’ouvrir les yeux et d’écouter leurs électeurs, sinon ils disparaîtront. J’en appelle aux élus de terrain et aux électeurs : rejoignez-nous. Aujourd’hui, la seule formation qui incarne la continuité de la droite gaulliste, c’est l’UDR.
Vous allez déposer dans les prochains jours une proposition de loi constitutionnelle pour inscrire le droit à la sécurité dans la Constitution. Qu’est-ce que cela changerait ?
Nous devons déverrouiller les blocages constitutionnels qui empêchent de mener la politique de bon sens que réclament les Français. La violence gagne chaque jour un peu plus notre société. Chaque jour, ce sont près de 1 200 coups et blessures volontaires, une centaine de membres des forces de l’ordre agressés, un homicide toutes les huit heures, un refus d’obtempérer toutes les vingt minutes.
Policiers et gendarmes font face, avec un courage admirable, à une remise en cause permanente de leur autorité. Face à cette explosion de la violence, nous subissons un immobilisme juridique fondé sur des considérations d’un autre temps. Il faut donc réinscrire clairement dans la Constitution un principe aujourd’hui partiellement reconnu : la sécurité de chaque citoyen est un droit fondamental d’essence supérieure. C’est l’objet de cette proposition de loi constitutionnelle que je souhaite voir un jour soumise au référendum, afin qu’elle tire sa force de l’approbation directe du peuple français.
Ce texte s’inscrit-il dans la continuité du projet de référendum constitutionnel porté par Marine Le Pen et Jordan Bardella ?
Il s’inscrit dans la même logique, autour de deux principes simples : la sécurité prime tout, et l’État a le droit – et même le devoir – d’éloigner de son territoire tout étranger qui menace nos compatriotes. Cet éloignement doit devenir un principe constitutionnel. Et tant qu’il n’est pas exécuté, l’individu concerné doit être maintenu en rétention. L’affaire Philippine a illustré de manière scandaleuse les limites actuelles du système, tout comme la décision ahurissante du Conseil constitutionnel, refusant d’allonger la durée maximale de rétention au-delà de 90 jours.
Assumez-vous que cette réforme constitutionnelle ouvre la voie à un bras de fer avec le Conseil constitutionnel, la CEDH et le droit européen ?
Rien ne peut dominer la Constitution, a fortiori lorsqu’elle est approuvée par le peuple français. Nous assistons aujourd’hui à un déséquilibre profond dans la hiérarchie des principes. La naïveté de certaines jurisprudences est confondante. On ne peut pas laisser notre pays être gangrené par la violence et la criminalité, alors que nous faisons face à une véritable guerre menée par les narcotrafiquants.
Un mot sur la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, après les remous de la trêve et à l’approche de la reprise des travaux le 19 janvier : dans quel état d’esprit l’abordez-vous ?
Nous abordons cette reprise avec sérieux et rigueur. Cette commission dérange parce qu’elle remet en cause des situations acquises et interroge une perte de neutralité que beaucoup de Français constatent dans l’audiovisuel public. Il ne s’agit pas de mener une guerre au service public, mais de regarder la réalité en face. Depuis plusieurs années, on observe une dérive idéologique, de plus en plus marquée à gauche, parfois à l’extrême gauche. Or, la neutralité est un principe constitutionnel qui doit s’imposer au service public. L’objectif de la commission est donc de proposer des pistes pour la rétablir, mais aussi d’évaluer l’utilisation des près de 4 milliards d’euros d’argent public qui y sont consacrés. Quand on est financé par l’impôt, on doit rendre des comptes.
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