David Lisnard, maire LR de Cannes et président de Nouvelle Énergie. François Bouchon / Le Figaro

Politique

Le président de Nouvelle Énergie annonce au Figaro qu’il renonce à briguer la présidence de LR et se range derrière le ministre de l’Intérieur.

Le Figaro - 26 février 2025 - Par Emmanuel Galiero

LE FIGARO .- Serez-vous candidat à la présidence des Républicains en mai prochain ?

DAVID LISNARD .- J’ai conclu un accord avec Bruno Retailleau, en vue de l’élection à la présidence des Républicains. J’ai donc décidé ne pas être candidat parce que, ce que je crois et ce qui me guide, c’est de faire gagner la droite autour d’un projet suffisamment puissant et entraînant pour vraiment redresser le pays. Dans cette élection, comme je l’avais annoncé, nous avons l’opportunité de faire progresser ce projet. Bruno Retailleau m’a contacté et dans les discussions que j’ai pu avoir avec lui, j’ai posé sur le papier un certain nombre de points essentiels que je souhaite voir reprendre par toute la droite et que je défends avec Nouvelle Energie. Ces points figureront noir sur blanc dans un communiqué commun que nous allons signer ensemble très prochainement. C’est un accord entre Bruno Retailleau, président de Force Républicaine et David Lisnard, président de Nouvelle Energie.

Quels sont ces points ?

Par exemple, Les Républicains devront reprendre une proposition que je porte depuis des années pour une retraite par capitalisation, la libération de l’école, la déréglementation, la décentralisation et la performance publique. Mon objectif est la victoire de la droite mais il ne s’agit pas simplement de gagner pour gagner. L’objectif est de défendre ce que l’on considère comme le meilleur projet pour notre pays. Je sais aussi que toute victoire électorale doit être précédée d’une victoire culturelle. C’est donc une occasion pour moi de renforcer le projet de Nouvelle Energie et de le mettre au cœur de l’alternative aux politiques que nous subissons depuis quarante ans.

Comment qualifiez-vous votre relation avec Bruno Retailleau ?

J’ai une vraie proximité humaine et politique avec Bruno Retailleau, depuis longtemps. C’est quelqu’un qui a une épaisseur intellectuelle et qui veut faire les choses. Je l’ai constaté à plusieurs reprises, notamment durant la campagne de François Fillon, où nous étions allés jusqu’au bout, solides dans l’énorme tempête que nous affrontions. À partir du moment où j’ai obtenu ses accords sur le contenu de la politique publique nécessaire pour redresser la France et sur la nécessité de moderniser la droite, je ne pouvais que m’emparer de cette opportunité.

Concernant la modernisation de la droite, sur quoi votre accord repose-t-il ?

Nous avons une approche à la fois stratégique et tactique. Il faut prendre acte que le temps des partis de masse, comme ce fut le cas il y a trente ans, est révolu. Nous devons réussir à agréger, rassembler et additionner des forces non pas autour d’un petit dénominateur commun mais autour d’un projet très fort. Notre démarche commune y contribue fortement et nous prenons acte de la diversité des offres politiques actuelles. J’ajoute que cette période doit nous permettre de faire progresser notre projet pour préparer les futures victoires à la présidentielle et aux législatives. Cela apparaît d’ailleurs dans l’accord car l’objectif est de créer les conditions des futurs succès électoraux de la droite. Pour moi, redresser le pays ne peut pas passer par du compromis. C’est impossible. La seule voie est l’adhésion à un projet fort, puissant et radical, c’est-à-dire capable d’aller à la racine des problèmes pour les traiter.

Quid des Républicains dans ce projet ?

Nouvelle Energie doit être une force d’attraction et d’entraînement, comme doivent l’être aussi Les Républicains. D’ailleurs, plus LR est fort, mieux je me porte. Et nous sommes donc d’accord sur la nécessité de moderniser le parti LR, de modifier les instances dans le sens d’une plus grande transparence. C’est pour cela que Bruno Retailleau peut compter sur mon soutien plein et entier.

Que dites-vous à vos soutiens de Nouvelle Energie qui auraient voulu que vous tentiez de porter ce projet de transformation sous votre propre nom ?

Après avoir passé de nombreux appels et échangé, je constate que tout le monde se réjouit en pensant que ce choix permettra de conforter le positionnement de Nouvelle Energie en apportant un supplément de crédibilité aux idées fortes que nous proposons. Notre projet peut ainsi progresser par la personnalité de Bruno Retailleau, comme par l’histoire du parti LR qui s’inscrit dans une filiation de la droite. L’alternative peut alors trouver un moyen d’être incarnée par des personnalités dotées de fort caractère, de constance et de capacité d’exécution autour d’un projet à la fois sécuritaire et libéral. En ce sens, ma démarche est une démarche de construction, qui permet de garantir l’indépendance de chacun. Bruno Retailleau s’est aussi engagé à respecter l’indépendance de Nouvelle Energie et c’est ce que j’apprécie chez lui.

Cet accord est-il né par crainte de voir émerger une troisième candidature ?

C’est possible. Mais il y aura peut-être d’autres candidats.

Avant de prendre cette décision, avez-vous également échangé avec Laurent Wauquiez, qui est également candidat à la présidence LR ?

Je n’ai pas eu d’échange avec Laurent Wauquiez depuis plusieurs semaines. Il ne m’a pas contacté. Mais j’ai toujours rappelé que je n’avais aucun problème avec lui, comme avec Bruno Retailleau. Je pense que tous deux sont très conscients de la nécessité d’éviter les conflits de personnes.

Comment vous impliquerez-vous dans la campagne du candidat Retailleau ?

Cette décision lui appartient. C’est toujours le candidat qui décide. Si j’ai décidé de le soutenir, c’est évidemment avec la volonté de lui être utile, de manière effective. Ce que je sais, c’est qu’un certain nombre de personnalités et d’élus de Nouvelle Energie attendaient de connaître ma décision et vont sans doute le soutenir. L’idée est de trouver les moyens de créer un effet d’entraînement et d’attirer toutes les autres composantes de la droite vers ce projet.

Comment sentez-vous les adhérents LR au sein de la fédération des Alpes-Maritimes à laquelle vous appartenez ?

Les adhésions spontanées commencent à venir. D’autres adhésions de circonstances peuvent être activées par certains barons, dans le but de faire des cartes. C’est ce qui rend toujours très aléatoire une élection interne. Mais aujourd’hui, je pense que les idées que nous défendons sur la libéralisation de l’économie, l’autorité sécuritaire et le sursaut éducatif sont en train de prospérer très vite. Cela correspond à une réelle attente du pays. À nous de traduire cela dans un élan militant, en visant l’élaboration d’une majorité politique potentielle.

On entend beaucoup parler du « moment Retailleau » comme moteur d’un retour des adhérents vers LR. Le constatez-vous ?

Je ne peux pas le quantifier mais oui, j’ai l’impression que beaucoup de gens le sentent sincère et qu’il veut vraiment faire bouger les lignes. Il y a une aspiration à l’exécution d’une politique forte et ferme sur le plan sécuritaire et migratoire. Dans cette période d’imbroglio politicien depuis la dissolution, il est important de faire valoir ces idées et de préparer les élections présidentielle et législatives car c’est là qu’aura lieu un changement puissant, en dotant le pays des moyens réglementaires, législatifs, exécutifs et constitutionnels d’avancer. La situation actuelle n’est plus possible.

Selon vous, sur quels éléments ce scrutin se jouera-t-il ?

L’espoir de retrouver une droite conquérante et gagnante, la volonté de faire valoir un projet fort avec des personnalités déterminées et la capacité à rassembler la droite.

Christian Jacob, qui soutient Laurent Wauquiez, estime que le résultat de cette élection n’est pas écrit d’avance. A-t-il raison ?

Oui. Bruno Retailleau est très exposé au ministère de l’Intérieur. Il prend des risques. Et Laurent Wauquiez, qui est important à droite, a du savoir-faire et du talent. Une compétition est toujours difficile.

Concernant la crise diplomatique entre la France et l’Algérie, quelle solution préconisez-vous ?

Il n’est plus possible de se laisser piétiner par l’Algérie et de garder leurs délinquants. Entre ceux qui disent que la diplomatie doit rester secrète pour cacher le fait de ne rien faire et ceux qui ne parlent que de rapport de force, je vois cela comme une négociation exigeant d’être très fort sur les deux aspects, autant sur les dommages que l’on peut infliger à la partie adverse que sur notre capacité à discuter. Aujourd’hui, une phase de durcissement me semble incontournable. J’espère que Bruno Retailleau parviendra à imposer cette doctrine. On ne peut jamais signer un contrat sans être respecté. C’est la base de tout.

Vous conduisez une délégation de l’Association des maires de France, jeudi, au salon de l’Agriculture. Quels seront vos messages ?

Nous y venons chaque année car l’imbrication entre la commune et l’agriculture est très forte. 6000 maires sont agriculteurs, ce qui fait de l’AMF l’une des plus grandes associations d’agriculteurs de France, attachée à la ruralité. On constate aussi de nombreuses similitudes entre ce que les maires affrontent dans leur mairie et ce que les agriculteurs subissent dans leur activité : un excès de normes et de surtranspositions. Le président de la République a raison de tenir un discours sur la nécessité de produire sauf que depuis dix ans qu’il est au pouvoir, il n’a pas cessé de pénaliser la production. Or, les agriculteurs doivent être considérés comme des acteurs responsables et des entrepreneurs libres de travailler. Les 19 et 20 mars prochains, j’effectuerai deux déplacements sur ce thème pour Nouvelle Energie, dans les Pyrénées orientales et à Rungis.