Politique
S’il est un aspect de la doctrine gaulliste dont les LR doivent s’inspirer, c’est que s’il faut être libéral en économie, il faut devenir infiniment plus républicain, donc étatiste, s’agissant des sujets régaliens.
Figaro Vox - 18 février 2026 - Par Luc Ferry
Bruno Retailleau a très bien fait d’annoncer le premier sa candidature - aux autres candidats LR potentiels de savoir s’ils veulent déclencher une primaire qui leur sera fatale à tous ou se rallier à son panache blanc. Bien qu’ils aient voté, pour garder leurs postes, le budget le plus calamiteux que la France ait connu depuis l’accession des socialistes au pouvoir en 1981, les LR savent très bien que nous avons un urgent besoin d’une politique de l’offre et de l’innovation, autrement dit, osons le mot, d’une politique économique enfin libérale que ni la gauche ni le RN ne veulent ni ne peuvent proposer. Non seulement le chômage continue d’augmenter malgré les promesses de le ramener à 5 %, non seulement la pauvreté s’installe en France, mais les taux d’intérêt explosent en raison d’une dette faramineuse (115 % du PIB) qui nous discrédite auprès des marchés comme aux yeux des dirigeants d’Allemagne, de Pologne ou d’Italie. Pas de malentendu : politique économique libérale ne veut pas dire libéralisme tous azimuts.
S’il est un aspect de la doctrine gaulliste dont les LR doivent continuer plus que jamais à s’inspirer, c’est que s’il faut être libéral en économie, car c’est le seul moyen de produire la richesse, il faut devenir infiniment plus républicain, donc étatiste, s’agissant des sujets régaliens, en particulier des questions de sécurité, de justice et d’immigration dont le RN s’est emparé avec succès auprès d’une majorité de Français. Le problème, bien sûr, c’est que l’idée libérale et l’idée républicaine semblent a priori s’opposer sur la question du rôle de l’État, les libéraux voulant le limiter, les républicains le renforcer.
Comme le soulignait déjà fort à juste titre Régis Debray dans un entretien en 1995 à propos de cette opposition qu’il jugeait irréductible : « Nous payons tous par une indéniable confusion mentale, la confusion entre l’idée de la république issue de la Révolution française, et l’idée de démocratie telle que la modèle l’histoire anglo-saxonne… Refuser, par exemple, à une jeune musulmane l’entrée d’une salle de classe tant qu’elle ne laisserait pas son voile au vestiaire ? Bonne action, clamera le républicain ! Non, mauvaise action, s’indignera le démocrate. Laïcité, dira l’un, intolérance, dira l’autre… Querelle de mots ? Non, quiproquo des principes. » Régis Debray a évidemment raison de présenter comme antinomique l’opposition entre les deux visions du monde : de fait libéralisme anglo-saxon et républicanisme français s’opposent diamétralement sur la conception de la laïcité comme sur la place de l’État face à la société civile. Pour un républicain français, la laïcité ne se marchande pas car l’école n’est ni le prolongement de la famille ni celui d’une société civile pétrie d’inégalités qu’elle a justement pour tâche de corriger - ce pourquoi républicains et libéraux de gauche (les fameux « pédagos ») s’opposent depuis Mai 68 sur la conception de l’école. Reste qu’il est possible d’accorder des thèses contradictoires, en l’occurrence, libéralisme et républicanisme, si l’on distingue leurs sphères de compétences.
Comme le disait déjà Aristote, que « pour être généreux, il faut être riche » et que pour partager les richesses, il faut d’abord les produire.
Luc Ferry
En clair : on peut - et c’est ce que doivent proposer les LR - être infiniment plus libéral dans la sphère de la société civile qui suppose le respect de la libre entreprise (en évitant si possible de voter un budget socialiste calamiteux…), mais néanmoins plus que jamais républicain, donc plus étatiste dans les domaines régaliens s’agissant de l’insécurité, de l’immigration et même du partage des richesses, au lieu de laisser là aussi le champ libre au RN !
Les LR devraient bien s’inspirer de ce passage des Misérables dans lequel Hugo plaidait déjà pour un accord entre démocratie libérale et République : « Premier problème, écrivait-il, produire la richesse. Deuxième problème : la répartir. Le premier problème contient la question du travail. Le deuxième contient la question du salaire. L’Angleterre résout le premier de ces deux problèmes. Elle crée admirablement la richesse ; elle la répartit mal… Le communisme croit résoudre le deuxième problème. Il se trompe. Sa répartition tue la production. Le partage égal abolit l’émulation. Et par conséquent le travail… » Tout est dit, ou peu s’en faut, tant il est vrai, comme le disait déjà Aristote, que « pour être généreux, il faut être riche » et que pour partager les richesses, il faut d’abord les produire. La martingale que les LR sont les seuls à pouvoir incarner consisterait à défendre bien davantage les entreprises tout en plaidant bien davantage pour un retour de l’État !
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