Jean-Pascal Beaufret. - DR

Retraites

L’ancien haut fonctionnaire de Bercy continue d’affirmer que les pensions pèsent bien plus dans le déficit annuel et la dette publique française que ne le traduisent les présentations officielles

L'Opinion - 25 février 2025 - Par Marc Vignaud

Les faits -L’ancien haut fonctionnaire de Bercy a rédigé un rapport pour la Fondapol, un think tank, qu’il a présenté à la presse, mardi 25 février.

Aucun rapport de la Cour des comptes ne fera changer d’avis Jean-Pascal Beaufret. Alors que ses magistrats ont pointé un excédent des retraites de 8,5 milliards en 2023, l’ancien haut fonctionnaire de Bercy, qui avait inspiré François Bayrou, maintient qu’elles ont été à l’origine de 45 % du déficit public total de 155 milliards (69 milliards). Sur quelque 389 milliards de pensions en 2023, à peine 80 % sont financées par des cotisations ou des impôts affectés, constate-t-il. Le reste, de l’ordre de 20 %, est comblé par toutes sortes de « subventions », versées non seulement par l’Etat, mais aussi ses opérateurs, les collectivités locales et les hôpitaux, ou encore d’autres branches de la Sécu (famille, Unedic, etc.)

Pour aboutir à de tels chiffres, Jean-Pascal Beaufret affirme notamment que l’Etat devrait cotiser comme n’importe quel employeur privé, à hauteur de 16,46 % (à quoi il faut ajouter le taux de cotisations salariales des fonctionnaires et des salariés, quasi identique, ce qui donne 28 %). C’est loin d'être le cas. Depuis le 1er janvier 2025, le taux de cotisation employeur de l’Etat atteint 78,28 % pour les fonctionnaires civils, de manière à parvenir à l'équilibre financier.

« Ce raisonnement aboutit à isoler un montant de 42 milliards de surcotisations en 2023, dont 35 milliards pour l’Etat, qui devrait apparaître dans le besoin de financement du système de retraites », décrypte la Cour des comptes. Sauf que les magistrats réfutent ensuite l’idée selon laquelle l’Etat devrait appliquer le taux de cotisation du privé au public. Son taux de cotisation très élevé s’expliquerait notamment par ses efforts réalisés pour contenir le nombre et la rémunération de ses fonctionnaires. Ce qui se traduirait par un rapport entre actifs et retraités encore plus dégradé que dans le privé (1,02 cotisant pour un pensionné contre 1,52).

« Le régime général encaisse les cotisations des salariés d’Orange et La Poste mais n’a pas à payer les retraites en face »

Jean-Pascal Beaufret

« Coût moyen ». « C’est inexact », réplique Jean-Pascal Beaufret. Il rappelle que l’Etat a progressivement perdu 370 000 fonctionnaires lorsqu’Orange et La Poste sont sortis du périmètre des administrations publiques. Devenus salariés, ces derniers se sont mis à cotiser au régime général pour leurs retraites alors que l’Etat continue de financer les pensions des anciens fonctionnaires des postes et des télécoms ! « C’est ce qui explique la presque totalité de la baisse du ratio démographique du régime des fonctionnaires, affirme-t-il. Le régime général encaisse les cotisations des salariés d’Orange et La Poste mais n’a pas à payer les retraites en face. »

Les deux entreprises ont bien acquitté deux soultes, pour quelque sept milliards — permettant à la France de respecter les critères de déficit pour entrer dans l’euro —, mais ces dernières étaient largement insuffisantes pour couvrir les dépenses annuelles de retraites de leurs anciens fonctionnaires. Dans un rapport de mai 2024, la Cour des comptes estimait elle-même que le régime général aurait dû verser dix milliards de plus par an à l’Etat au titre de la « compensation démographique ».

Jean-Pascal Beaufret n’est guère plus convaincu par l’objection de la Cour selon laquelle les fonctionnaires ne cotisent pas sur leurs primes, puisque cela ne les empêche pas de toucher, en moyenne, des niveaux de pensions comparable au privé. En attendant, le taux de cotisations employeur de l’Etat, acquitté sur le budget courant des ministères, pèse sur le financement des autres politiques. Le coût moyen d’un fonctionnaire atteint 72 000 euros contre 48 300 dans le privé, compare Beaufret.

Selon lui, la France restera incapable de régler son problème de déficit tant qu’elle s’escrimera à ignorer une bonne partie de sa source. « La thèse de Beaufret est assez juste », glisse un ex-ministre, qui a eu à regarder le dossier. Seule solution, selon Beaufret : s’attaquer à des pensions jugées, en moyenne, plus généreuses qu’ailleurs.