« J’appelle mes électeurs à chasser la gauche de la mairie de Paris » : Sarah Knafo retire sa candidature au second tour
Municipales à Paris
Après avoir tenté de nouer une alliance avec Rachida Dati (LR), la candidate du parti d’Éric Zemmour ne sera pas présente au second tour des municipales dans la capitale. Alors qu’elle était qualifiée. Un choix « pour faire barrage à la gauche ». Entretien.
Le Parisien - 17 mars 2026 - Par Elie Julien
Si habituée à alimenter les réseaux sociaux pendant la campagne des municipales à Paris, elle était restée silencieuse depuis dimanche soir. Prenant la parole dans notre journal, l’eurodéputée et candidate Reconquête Sarah Knafo (« Une ville heureuse ») annonce ne pas déposer sa liste pour le second tour. Tout juste qualifiée au soir du premier tour, la benjamine de cette bataille pour Paris (32 ans) nous explique, le ton grave et en exclusivité, les raisons de son choix. Avec un objectif : espérer que la « gauche perde ».
Serez-vous présente au second tour des municipales à Paris ?
SARAH KNAFO. J’ai toujours dit que j’avais un objectif depuis l’annonce de ma candidature : battre la gauche. Donc, je tiens le cap, je tiens ma parole, la parole que j’ai donnée à mes électeurs et à mes soutiens : je me retire pour nous donner toutes les chances de battre la gauche. Les mots ont un sens : je ne me désiste pas pour la personne de Rachida Dati, je me désiste pour Paris. Pour la capitale de notre pays.
Que dites-vous aux 84 000 Parisiens qui ont voté pour vous au premier tour, vous qualifiant pour le second tour.
D’abord, je leur dis merci, merci d’avoir tout fait pour faire de Paris une ville heureuse, merci de me faire confiance. Le combat ne fait que commencer. Merci à mes équipes et à mes soutiens : ils ont été les plus extraordinaires dans cette campagne, les plus travailleurs, les plus inventifs, les plus sincères, et je ne leur répéterai jamais assez ma reconnaissance.
Maintenant, j’appelle mes électeurs à chasser la gauche de la mairie de Paris, sans hésitation. Je leur dis : si Rachida Dati est élue dimanche, ce sera grâce à vous et ce sera à vous qu’elle le devra. Il faut donc qu’elle entende le désir qu’ils ont exprimé dans les urnes. «
"Je suis restée droite dans mes bottes, du début à la fin."
Sarah Knafo
Vous étiez murée dans le silence depuis 24 heures, pourquoi ?
Ces dernières vingt-quatre heures, j’ai tenté une union, comme je l’avais promis dès le début de ma campagne. Cette union que les électeurs attendent a été refusée jusqu’au bout. Je suis restée droite dans mes bottes, du début à la fin. Nous parlons d’une décision lourde. Peut-être la décision la plus lourde que j’ai à prendre de ma jeune trajectoire politique et certainement pas la dernière. Mais en la prenant, je suis guidée par mon sens de l’intégrité et je sais que l’intégrité exige des sacrifices.
Vous avez beaucoup réfléchi ?
Et j’ai beaucoup écouté. C’est une décision mûrement réfléchie. N’importe quel politique aurait refusé de se retirer. Mais je ne suis pas n’importe quel politicien. Je ne veux pas être comme eux : regardez où en est le pays, avec leurs petits calculs. Je refuse la logique des politiciens qui oublient la finalité de l’engagement.
La fusion de listes Bournazel-Dati a-t-elle compté dans votre choix ?
La seule chose qui a compté, c’est de pouvoir battre la gauche. Vous imaginez bien que cette liste n’est pas mon idéal politique, mais j’ai une conviction, c’est qu’on ne peut pas laisser Paris aux communistes et à leurs alliés. On ne peut pas laisser Paris à ceux qui veulent transformer la capitale en HLM géant, à Madame Simonnet (ex-LFI présente sur la liste d’Emmanuel Grégoire), à des antisémites, à ceux qui ont laissé l’omerta sur des affaires d’agressions dans le périscolaire, qui détruisent l’argent des Parisiens, qui couvrent des gabegies et des passe-droits. Ce qui est certain, c’est que le socialisme ne passera pas par moi.
Vous vous privez donc d’une entrée historique au Conseil de Paris ?
Chacun saura comment je suis faite. Si la gauche perd la mairie après vingt-cinq ans de déclin socialiste, ce sera historique et j’aurai le sentiment du devoir accompli.
Votre souhait d’alliance des droites ne s’est pas réalisé. Ce projet, de votre famille politique, au niveau national, prend-il du plomb dans l’aile ?
Ce sont les politiciens qui la refusent qui prennent du plomb dans l’aile. Pourquoi pensez-vous qu’ils sont autant détestés ? Ils le sont car ils font passer leurs intérêts avant l’intérêt général. S’ils veulent être la droite la plus bête du monde, je décide d’être plus intelligente qu’eux. Cette idée s’imposera et je serai là, et les Français seront avec moi.
« Entre le mal et le moindre mal, je choisis le moindre mal. »
Sarah Knafo
En vous retirant, vous favorisez une ancienne ministre d’Emmanuel Macron que vous combattez avec votre parti Reconquête d’Éric Zemmour…
Entre le mal et le moindre mal, je choisis le moindre mal. Je me suis battue pour le Bien en faisant ma campagne. Nous avons un choix de second tour entre ce que représente la liste de monsieur Grégoire et la fin du saccage socialiste. Je dis à mes électeurs : ce sera grâce à vous si nous y mettons fin.
Quelles mesures de votre programme, importantes pour vos électeurs, aimeriez-vous que la liste de Rachida Dati prenne en compte ?
J’ai mené campagne sur la baisse des dépenses, la baisse des impôts, plus de sécurité pour les Parisiens, sur le fait de mettre la technologie au service des Parisiens, sur la beauté de la ville. Sur tous ces points, il y a un large consensus parmi les électeurs de droite. Si elle veut gagner, elle devra entendre ces désirs-là. Je n’ose imaginer ce qui adviendrait de Paris si elle décidait d’abandonner l’électorat de droite qui, seul, peut la faire élire.
« Je suis extrêmement fière de la campagne que nous avons menée. »
Sarah Knafo
Éprouvez-vous des regrets sur votre campagne ?
En six semaines de campagne, je partais de 4 % dans les sondages, je fais 10,4 %. Nous avons déjà des élus dès le premier tour. Nous continuons le combat dans les arrondissements. Je suis extrêmement fière de la campagne que nous avons menée. Je pense qu’elle a été la plus belle campagne de ces élections, et ce n’est pas la dernière pour moi. Je le dis sans prétention aucune, car je le dois à mon équipe, je le dois à mes militants, à mes soutiens, que je ne remercierai jamais assez.
On vous reverra en politique ?
Et comment ! Je ne fais que commencer. Quant à ceux qui pensent que je recule, je vais très vite les détromper et montrer au contraire que j’avance, tout comme j’ai avancé chaque jour de cette campagne.
Paris restera dans vos priorités ?
Bien sûr que Paris reste essentiel pour moi et je pense que je le prouve aujourd’hui en faisant le choix que je fais (elle sera conseillère d’opposition dans le XVIe arrondissement).
Vous pensez que Rachida Dati peut gagner ?
J’espère que la gauche va perdre.

