Délinquance

Avez-vous déjà puni votre enfant ?  Moi oui. J’ai puni mes enfants dès qu’ils faisaient une bêtise quand ils étaient petits. Je ne parle pas de punitions excessives ou violentes bien sûr ! 

Institut pour la justice - 25 avril 2024 - Par Axelle Theilllier

Mais de sanctions proportionnées, jamais très sévères, mais systématiques. Je m’entends encore dire : “file dans ta chambre pour réfléchir” ou “tu seras privé de dessert ce soir”. 

Ils sont tous grands maintenant, et je ne crois pas qu’ils soient traumatisés par l’éducation qu’ils ont reçue. En tout cas, je n’ai jamais reçu de plainte ! Deux d’entre eux sont d’ailleurs déjà parents et semblent emprunter la même voie. 

Bref, il n’y a pas de mystère ni de magie, et vous le savez bien, éduquer ses enfants c’est leur donner un cadre dans lequel s’épanouir et des limites très claires à ne pas franchir. Si d’aventure ces limites sont transgressées, il faut marquer le coup. 

Ce principe d’éducation est largement partagé par les amis de l’IPJ (et par la majorité de la population, du moins je l’espère!) et je suis sûre que vous y souscrivez. Pourtant, il n’est pas partagé par les plus concernés, par ceux qui doivent justement punir les jeunes qui fautent.

Savez-vous comment est jugé un jeune délinquant ? 

Voici l’étonnante manière dont sont jugés les mineurs en France depuis 2021 : 

Dans un premier temps, il y a une audience qui décide de sa culpabilité (mais pas de sa peine)

Puis, dans un deuxième temps, une autre audience se tient pour décider d’une sanction, 6 à 9 mois plus tard. 

Entre-temps, le mineur est soumis à une période de « mise à l’épreuve éducative ». En principe, c’est une période d’observation,  mais la plupart du temps, le jeune est surtout livré à lui-même.

Bref, vous l’aurez compris, cette façon de faire ne convient pas. 

Comment voulez-vous qu’un jeune délinquant comprenne la gravité de ses agissements s’il reçoit une hypothétique sanction 9 mois plus tard ?!

Et pour couronner le tout, les délinquants ne redoutent plus de passer devant la Justice. Les magistrats ne leur font pas peur. Comment leur en vouloir ? Ils ont compris qu’ils n’ont pas à craindre les sanctions ! 

Et je ne suis pas la seule à le dire ! 

Le professeur Maurice Berger, qui est pédopsychiatre et qui travaille en Centre Éducatif Renforcé, le disait déjà en 2019 dans les colonnes du journal Le Figaro : 

« Il y a quelques années, 85 % des mineurs traduits devant la justice changeaient de comportement après leur rencontre avec l’institution judiciaire, la parole du juge. Ils ne sont plus que 65% actuellement. »

Et oui, la justice des mineurs, en France, est malade de sa lenteur, et malade de son idéologie qui oppose l’éducation et la punition.

Trop souvent elle n’inflige aux jeunes délinquants que des sanctions symboliques, des sanctions qui n’en sont pas, comme le rappel à la loi ou la remise aux parents. 

Elle multiplie les « sursis » et les « secondes chances » et développe ainsi un véritable sentiment d’impunité chez les adolescents délinquants. 

Avec pour conséquence des passages à l’acte de plus en plus graves.

Nous devons absolument sortir de cette « idéologie de la fée clochette », selon laquelle, en étant gentil et compréhensif et en « donnant du temps au temps », on transforme magiquement les jeunes délinquants violents en de paisibles citoyens. 

En donnant du temps au temps, on ne fait que créer de nouvelles victimes.

Comme le sait n’importe quel parent responsable, la punition est une partie intégrante de l’éducation.

Le professeur Berger explique parfaitement les ravages causés par ce refus de la sanction : 

« La progressivité de la sanction prive certains de ce miroir nécessaire qui leur indique ce qui est permis ou défendu, sans même parler de ce qui est bien ou mal. 

Et certains jeunes ne profitent du travail éducatif qu’après un passage dans un lieu de privation de liberté, privation de la liberté de frapper.”

Les bons sentiments ne rendent pas service aux jeunes délinquants qui deviennent même de plus en plus violents. 

Maurice Berger analyse très bien les raisons de cette montée de l’impulsivité et de la violence gratuite : « un facteur parmi d’autres est l’impunité importante concernant la première atteinte aux personnes, que j’appelle le droit de tabassage

Il continue : « En réadaptation fonctionnelle, où je travaille aussi, je reçois des adultes qui gardent à vie des séquelles physiques ou cérébrales définitives après une agression pour un supposé mauvais regard, et dont l’agresseur mineur n’est puni que d’un sursis car il n’était pas récidiviste. La vie ou la qualité de la vie restante de la victime est ainsi démonétisée. Or c’est simple, quand on n’est pas puni, on recommence»

Voilà, tout est dit. 

Quel gâchis pour les victimes de ces dernières semaines, le jeune Philippe de Grande Synthe en tête. Elles ont été livrées sur l’autel de la violence. 

A ce propos, je vous invite à aller écouter Me Thibault de Montbrial interrogé hier sur CNews et Europe 1 (Cliquez ici) dont l’analyse est implacable : 

Il faut rétablir des sanctions immédiates pour les jeunes, même des peines courtes. Il faut qu’aujourd’hui les jeunes délinquants qui commettent des violences sentent qu’il y a une sanction.

Quand Eric Dupond-Moretti a fait sa réforme en 2020, il a fait un bon constat, il faut que le mineur passe vite devant le juge. 

Mais la deuxième partie est catastrophique car en fait le délinquant passe devant le juge et le juge lui dit “ce que tu as fait ce n’est pas bien donc je te condamne mais la sanction tombera dans quelques mois en fonction de ton comportement”. C’est un raisonnement d’intellectuel ! Les jeunes déstructurés qui sortent de chez le juge se disent “je n’ai rien eu”. 

Ce que le système voit comme de la bienveillance, les jeunes le perçoivent, eux, comme de la faiblesse.” 

A l’IPJ, nous sommes en phase avec Me Thibault de Montbrial et le Dr Maurice Berger. Et nous redoutons la suite si rien n’est fait pour endiguer la violence. Il faut dire stop au laxisme de la Justice. 

Faites entendre votre voix aux côtés des nôtres et signez notre pétition “Stop au laxisme”. 

Je signe

Car pourtant, c’est simple, “quand on n’est pas puni, on recommence”. 

Avec tout mon dévouement, 

Axelle Theillier 

Présidente de l'Institut pour la Justice
 

L'Institut pour la Justice est une association loi 1901 en faveur d'une Justice plus protectrice des citoyens et plus équitable vis-à-vis des victimes.