
Tribune
Le Vice-Amiral Richard Wilmot-Roussel, membre d'Ambition France, donne son point de vue sur le dimensionnement de la fonction publique et l'organisation de "l'Europe de la défense".
Ambition France - 30 mars 2025 - Par Richard Wilmot-Roussel
Sur le dimensionnement de la fonction publique
Les contraintes budgétaires nous imposent aujourd'hui de prendre rapidement en main cette question que je pose, non pas en diminuant arbitrairement les effectifs de la fonction publique qui donnerait l'impression que la fonction publique est d'essence "paresseuse", ce que je ne crois pas pour une majorité de fonctionnaires, mais plutôt sous l'angle de l'efficacité c'est à dire en se posant la question : à qui dois je confier cette tache de service "publique" aujourd'hui, au "publique" ou au "privé"?
Cet exercice n'est certainement pas simple mais il est incontournable: par exemple faut-il garder des lignes SNCF non rentables pour éviter que des régions de France s'appauvrissent et que le développement harmonieux de notre pays disparaisse? Cette question doit s'inscrire dans une analyse de la décentralisation administrative qui n'a jamais été réellement étudiée et réalisée quand on a créé les régions. Voici deux angles d'attaque pour étudier cet immense sujet:
Allons voir ce que fond certains pays européens proches de notre système de vie (niveau de vie, protection du citoyen, éducation des enfants, formation des jeunes, soutien de la vie économique,...), je pense en premier à l'Allemagne et l'Italie qui ont une administration décentralisée qui semble bien fonctionner.
Ayant fait un passage à Bruxelles en 2004/2006 comme représentant français au Comité militaire de l'UE, j'avais observé que les régions allemandes étaient déjà bien représentées à Bruxelles avec pignon sur rue (On comprend mieux comment l'Allemagne a pris "possession" des initiatives européennes avec cette présence massive qui savait faire remonter les besoins du citoyen allemand. Pour l'Italie on ne peut qu'être qu'admiratif d'avoir pu, dans ce combat à armes inégales avec les pays à bas coût de production, conserver son industrie.
La question qui se pose maintenant, comment allons nous opérer? Nous avons en France la "chance" d'avoir trois "chambres constitutionnelles", l'Assemblée Nationale (bien occupée pour voter nos lois), le SENAT (pour équilibrer les politiques extrêmes) et enfin le Conseil Economique Social et Environnemental CESE qui est une assemblée consultative et, représente les principales activités économiques et sociales. Aujourd'hui cette assemblée donne son avis sur les projets, les propositions de loi ou décrets qui ont un caractère économique, social et environnemental (Thierry Beaudet est président: un inconnu pour la plupart des français!). Je cite les travaux récents: il y en a 27 ... exemple ; accompagner les territoires, construire notre souveraineté agricole, répondre à l'urgence sociale et climatique, bâtir une société plus inclusive, soutenir l'emploi et le travail, relever les défis européens et internationaux, ...
Pourquoi ne pas donner comme mission au CESE de "définir une nouvelle architecture de fonctionnement de l'État de Matignon au fin fond de la Corrèze"!!!
Sur l'organisation de "l'Europe de la défense"
Sujet beaucoup plus délicat car très politique qui pourrait se résumer par "un chef, une mission, des moyens". S'il manque un élément de ce trinôme, ne partons pas en guerre! Toutes les guerres gagnées se sont appuyées sur cet adage: un chef politique et un chef militaire sur le terrain. La guerre du Golfe en 1989/1990, un chef politique Bush père et un chef sur le terrain Norman Scharzkopf, deuxième guerre mondiale Roosevelt et Eisenhower en Europe, Mac Arthur dans le Pacifique, les Malouines Tatcher et l'amiral Woodward. Le sujet pour les européens est donc compliqué car en face de Poutine il faut mettre un chef politique qui a la main sur 500 millions de citoyens avec la première ou seconde économie dans le monde, et 2 millions de soldats...
Comment y arriver? Vaste question comme le disait le Général! Sur le plan militaire nous ne partons pas de rien car l'OTAN (en fait les US) nous a fixé des règles de conception du matériel, des règles d'emploi des forces. Les militaires européens savent donc faire la guerre ensemble. Seulement un seul chef militaire aujourd'hui en Europe c'est SACEUR (Supreme Allied Commander de l'OTAN) le général US Christopher Cavoli et ... le chef politique Donald Trump! En dehors de ce binôme ne faisons pas la guerre!!!
Une solution évidente pour l'Europe puissance est donc un gouvernement européen avec un président unique, chef des armées européenne, et un officier général commandant en chef !!!
Nous en sommes très loin mais je pense que le citoyen européen a parfaitement compris que l'Europe pourra traverser les nombreuses crises qui se présentent avec la montée en puissance des BRICS qui cherchent entre autre à tuer le dollar et donc à affaiblir le camp occidental, en devenant une Europe puissance. Devant nous, la nouvelle relation Chine- Inde est aussi très inquiétante, car elle était imprévisible et elle va réunir presque la moitié de la planète...
*Richard Wilmot-Roussel
Vice-amiral d'Escadre
Président du Groupe Institutions Ambition France
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