David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France (AMF).

Entretien

À la veille du congrès des Républicains, le nouveau président (LR) de l’Association des maires de France livre sa vision d’une droite combative.

Le Point - 24 novembre 2021 - Propos recuillis par Jérôme Cordelier

Le maire LR de Cannes se porte garant de l'indépendance de l'Association des maires de France (AMF). Mais David Lisnard n'en reste pas moins un homme aux convictions ancrées qui fourmille d'idées. Pour Le Point, il livre son diagnostic.

Le Point : Vous vous êtes montré offensif dans votre premier discours de président de l'AMF. Vos attaques étaient-elles dirigées contre le pouvoir ou contre Emmanuel Macron ?

David Lisnard : Ni l'un ni l'autre. J'ai voulu affirmer des convictions qui sont les miennes depuis longtemps et surtout faire entendre la voix des maires. En aucun cas, il ne s'agissait d'attaques. J'ai d'ailleurs évoqué les mêmes sujets la veille avec le chef de l'État, et cela s'est bien passé. J'ai parlé des doublons au sein des services de l'État, des effets de silos qui alourdissent l'action publique. Les dysfonctionnements générés par les excès de bureaucratie et de normes étatiques subis dans les entreprises, nous les vivons de façon exponentielle dans les collectivités. Ce propos est bien plus objectif que la propagande officielle, selon laquelle la crise sanitaire a été traitée de façon merveilleuse.

L'AMF est-elle un contre-pouvoir aux macronistes, qui d'ailleurs ont tenté de contrecarrer votre élection ?

L'AMF a toujours été dans son rôle de promotion des libertés locales et de défense des communes. Dès qu'un pouvoir public va à l'encontre de cela, l'AMF réagit, comme elle l'a toujours fait depuis 1907. Toutes ses prises de position ont été décidées à l'unanimité du bureau, y compris par les représentants de la macronie. Qu'est-ce que le comportement de l'AMF révèle ? Que cet exécutif - le président de la République le reconnaît lui-même - a du mal à admettre des contre-arguments, des pouvoirs indépendants. Malheureusement, durant ce quinquennat, ce qui aurait dû être de l'ordre de la confrontation argumentée s'est souvent traduit par une volonté élyséenne de dénigrer les contradicteurs ou ceux qui portent d'autres idées. Je souhaite instaurer une relation respectueuse et loyale avec le pouvoir central, quel qu'il soit, mais à une condition : que notre liberté soit préservée. L'AMF ne doit pas être la promotrice d'un gouvernement, mais une force de propositions, de vigilance et, lorsque cela est nécessaire, de résistance.

Êtes-vous fier d'être de droite en ce moment ?

J'assume mes convictions et mes idées et je considère qu'elles correspondent à ce dont le pays a besoin. La façon dont se déroule la compétition des candidats pour l'investiture LR est respectable et saine. Ils travaillent, ils sont sérieux, ils essaient d'apporter des solutions. De cela nous pouvons être fiers.

Êtes-vous frustré par les débats publics entre les cinq candidats ?

Non. Les candidats répondent aux thématiques qu'on leur soumet. J'espère qu'ils auront l'occasion de développer davantage leurs propositions sur l'économie, la prospérité, la fiscalité, le progrès par la science, l'instruction et l'entrepreneuriat, etc. Surtout, pour moi, le thème majeur dont tout découle et qui, pourtant, reste sous-estimé même si heureusement il a été esquissé lors du troisième débat, est la façon dont on rend plus efficace l'appareil public. C'est le nœud gordien. On va élire un chef de l'État, donc quelqu'un qui doit rechercher sans cesse la performance des administrations. Or il y a du boulot en la matière ! L'État est trop présent là où il n'est pas nécessaire et pas assez là où il est indispensable. Ici, il faut réduire le périmètre de l'intervention étatique, là, le renforcer. Comment, par exemple, relance-t-on une instruction publique de qualité ? Comment stimule-t-on la liberté créatrice ?

Une puissance étatique bien ajustée renforce la liberté de chacun. Une politique étatique efficace permet de traiter l'éducation, la santé, la sécurité, la justice défaillante qui produit de l'injustice, etc. L'inflation normative, les doublons, voire les triplons entre l'État central, régional, départemental, la multiplication des formulaires a priori et du reporting a posteriori entravent l'exercice de la puissance publique. L'administration est une marque de civilisation, mais à condition qu'elle soit dans de justes proportions. Dans la fonction publique française, 33 % des agents sont assignés à des tâches purement administratives. La moyenne européenne, c'est 23,5 %. Dans des pays très administrés, comme en Scandinavie ou en Allemagne, le taux est de 25 %. Bref, si chez nous on portait cette proportion à 25 %, on récupérerait l'équivalent de 450 000 fonctionnaires, pour en remettre sur le terrain, mieux les payer tout en réduisant le coût global…

La droite est-elle obnubilée par le « phénomène Zemmour » ?

Les médias, oui.

Pas seulement…

Il est normal qu'avant une élection présidentielle, quand un candidat potentiel, non sans talent, occupe un espace médiatique, on aille regarder ce qui se passe. Mais, pour moi, l'erreur politique est de sans cesse commenter ce qu'il fait. Si vous réagissez en permanence en le citant, vous augmentez son espace médiatique. C'est mathématique. L'essentiel pour nous est d'affirmer ce que nous sommes. Les problématiques d'immigration, d'assimilation et d'insécurité doivent être entendues et traitées. Elles sont devenues majeures car civilisationnelles, mais ne sont pas exclusives. La droite doit s'emparer aussi d'autres thèmes, comme le pouvoir d'achat, la désindustrialisation, l'environnement, l'enseignement, la culture, le renforcement de l'investissement par la capitalisation populaire des entreprises en épargne retraite, etc., et montrer, en se fondant sur la science, sur la formation, qu'elle représente une voie d'avenir.

Quel est pour vous le portrait idéal du présidentiable de droite en 2022 ?

C'est celui ou celle qui a une capacité personnelle à pratiquer une autorité sobre, qui est déterminé à régler les problèmes, qui a la possibilité de faire bouger l'appareil d'État sans effets de manches. Il faut de la méthode, de la constance, du caractère. Mais il est essentiel aussi d'avoir un projet élaboré pour être opérationnel. Un tel projet se finalise avec pragmatisme dans l'action. Un bon candidat doit donc avoir la capacité de créer un élan collectif. En s'appuyant sur des personnalités fortes. C'est ce qui manque au pouvoir actuel. De Gaulle pouvait compter sur Pompidou, Debré, Guichard, Peyrefitte, Malraux et tant d'autres. Si ces conditions sont réunies, reste à donner une vision au pays, un souffle, une jeunesse. La démocratie a besoin d'être oxygénée, dynamisée, notamment par la décentralisation et la subsidiarité.

Et qui, pour vous, parmi les cinq candidats à l'investiture LR, incarne le mieux cela ?

Je viens d'être élu président de l'AMF avec une très belle mobilisation transpartisane, et tous ces candidats m'ont soutenu. Il ne serait pas convenable à ce stade d'indiquer une préférence.

Que leur conseillez-vous ?

Je n'ai pas de conseils à leur donner. Ils sont courageux et démontrent leur compétence. Je sais juste qu'il faut être en phase avec soi-même, avec ses convictions. On ne gagnera pas sur un coup de marketing. On gagnera par le travail, la cohérence, la densité du projet.