Luc Ferry

Il ne s’agit pas de se placer, mais d’aider à redresser la France dans le souci de l’intérêt général.

Figaro Vox - 29 juin 2022 - Par Luc Ferry

Mardi dernier, je découvre dans mon journal préféré l’article de mes amis Retailleau et Marleix intitulé «Les parlementaires LR ne seront pas la roue de secours d’un macronisme affaibli». Le papier commence ainsi: «“Jusqu’où êtes-vous prêts à aller?” À cette question lancée par le président de la République, nous répondons clairement: nous n’irons pas au-delà de nos convictions. Car sur la sécurité, la dépense publique, ou l’immigration, les idées d’Emmanuel Macron ne sont pas les nôtres.» Comme eût dit Coluche: en lisant ces lignes, les bras m’en sont tombés des mains! Mais, chers amis, c’est précisément parce que les idées du président ne sont pas les vôtres qu’il faut y aller d’urgence en profitant de votre position de force. Car il a besoin de vous comme jamais!

Je crains que vous n’ayez pas bien compris le film. Il ne s’agit pas de voler au secours d’un Emmanuel Macron en difficulté, de devenir les supplétifs d’une coalition centriste en déroute, mais de profiter d’une occasion en or liée à une situation inédite au Parlement pour l’obliger à corriger le tir! C’est de la France qu’il s’agit, pas de politique politicienne, ni de postes au gouvernement! Sur quatre sujets majeurs, la sécurité, les comptes publics, les retraites ou cette malheureuse école que le nouveau ministre, Pape Ndiaye, veut «verdir» comme si c’était la priorité alors qu’il serait autrement plus urgent de lutter contre une baisse de niveau dramatique programmée par l’abandon des fondamentaux, les Républicains n’ont-ils rien à proposer? Ne se sont-ils pas aperçus qu’ils ont perdu la moitié de leurs députés depuis 2017, qu’à la présidentielle ils n’ont même pas réussi à franchir la barre des 5 %, qu’ils sont en état de déroute historique alors que, grâce à l’échec cuisant de Macron aux législatives, ils seraient en position de force pour revenir dans le jeu politique et imposer leurs vues? Il ne s’agit pas de se placer, mais d’aider à redresser la France dans le souci de l’intérêt général.

N’avez-vous pas compris la différence qui existe entre trahir sa famille contre un plat de lentilles, comme l’ont fait certains à titre individuel, et faire pression sur le président, non en tant qu’individus, mais en tant que parti politique enfin capable de négocier un programme pour le pays avant de discuter d’une éventuelle recomposition du gouvernement? Je vous dis cela d’autant plus tranquillement que ceux qui me connaissent savent combien je suis peu macronien et qu’en outre j’ai passé l’âge autant que l’envie de retourner dans un gouvernement.

Sujets vitaux

Pensez à notre école, dont je connais les difficultés: Pap Ndiaye propose, en dehors d’une augmentation de revenu pour les jeunes professeurs financée par la dette, de renforcer l’enseignement de l’écologie - ce qui revient, qu’on le veuille ou non, à faire enter la politique à l’école -, de travailler au «bien-être des élèves et des professeurs» (sic!) et de lutter contre les inégalités. Rien sur le niveau de nos élèves, sur celui du recrutement des professeurs, sur la revalorisation de la voie professionnelle, la lutte contre l’illettrisme, le racket, la drogue, la montée de l’islamisme, bref, rien sur les vrais sujets qui minent l’école aujourd’hui! Les LR n’ont-ils donc rien d’autre à proposer sur ces sujets vitaux que de punir ou soutenir le gouvernement au coup par coup? Grotesque!

Même chose sur les comptes publics, minés par la dette et les déficits, ou sur l’insécurité, sur les territoires de la République, qui sont chaque jour de plus en plus perdus! Là encore faudra-t-il attendre les projets de loi du gouvernement pour se prononcer, en admettant même que ce dernier songe seulement à aborder ces thèmes? Heureusement, quelques voix se sont fait entendre dans ce parti à la dérive, notamment celles d’élus locaux qui ont compris que nous sommes le seul pays au monde où la culture du compromis passe pour une compromission. Il est temps, mes amis, de se ressaisir et, sans rien demander en termes de postes et de places, de dire à Macron: «Chiche! Vous nous proposez de travailler ensemble, allons-y! Construisons un programme, mais prenons le temps et acceptons des deux côtés de rechercher des compromis acceptables. Mettons-nous d’accord sur d’indispensables mesures de redressement national et, puisque vous n’avez plus de majorité au Parlement, et que ce n’est pas avec LFI ou le RN que vous l’obtiendrez, écoutez-nous!» De grâce, faites preuve de courage et de lucidité quand il est encore temps, deux qualités qui, après tout, ont fait la gloire du gaullisme!